Les succès éblouissants de la première campagne d'Italie ont révélé Napoléon Bonaparte au monde. Tour à tour général et diplomate, il est celui qui est parvenu à mettre fin à la guerre avec l'Autriche, et ce, avec des effectifs très inférieurs à ceux de ses ennemis et de ses collègues, et alors même que c'était sa première campagne en tant que général en chef. Cette victoire résulte d'une façon nouvelle de faire la guerre. Pour comprendre les rouages de l'art napoléonien de la guerre, l'étude de cette campagne est un bon point de départ, comme l'a compris Stéphane Béraud.
Le livre présente brièvement la situation des belligérants, leurs objectifs et leurs armées, avant de s'intéresser aux opérations proprement dites. Stéphane Béraud reprend à son compte la typologie des manœuvres et batailles mise au jour par Hubert Camon (manœuvre sur les derrières/bataille avec attaque tournante, et manœuvre/bataille en position centrale), et s'en sert comme grille de lecture pour expliquer les décisions et options de Napoléon. Les explications sont claires et très fluides ; on prend plaisir à saisir la finesse des moindres choix du général ; on constate en même temps qu'il a frôlé la catastrophe plusieurs fois, mais qu'il a toujours pu se rétablir grâce à son "coup d'œil". La présence de nombreuses cartes en couleur est un indéniable atout : on suit très bien les opérations, d'autant que, chose rare, les principaux axes de communication sont indiqués. Bravo !
Certaines d'entre elles comprennent néanmoins quelques menus défauts : des localités citées dans le texte mais non reportées sur les cartes, ou encore le cours du Mincio qui change entre les cartes n°11 et 12. Également, malgré toutes les qualités du texte, ce dernier est parfois imprécis, ce qui se traduit par des effectifs qui changent pendant les manœuvres sans qu'on comprenne quand et comment, des événements qui ne sont pas toujours précisément datés, etc. J'imagine que cela s'explique par la nature même du livre - un précis - qui doit faire passer les idées générales sans perdre le lecteur dans des détails qui pourraient faire perdre de vue l'unité de la manœuvre. L'objectif est parfaitement atteint, mais pour ceux qui veulent étudier les moindres mouvements, "Bonaparte en Italie" ne suffira pas. Toutefois, la variété des informations (de nombreux encadrés traitent de points annexes) et l'intelligence de l'analyse en font un ouvrage profitable aux "débutants" comme aux "confirmés". La riche iconographie (souvent décryptée par Béraud) accroît encore le plaisir de lecture.
En résumé, nous avons là un précis des opérations, superbement illustré, très clair, intelligent et intéressant. Mais comme il s'agit justement d'un précis, le livre reste assez général, et ne suffit pas pour comprendre tous les ressorts de la campagne. Une excellente lecture quoi qu'il en soit.
24 cartes
Nombreuses illustrations
Nombreux encadrés