Une journaliste de trente ans raconte comment sa rencontre avec les bonobos a fait évoluer son regard sur le monde.
On peut trouver plusieurs bonnes raisons pour se lancer dans un livre, mais si ce qui vous intéresse avant tout est le style ou la façon dont l'auteur structure son récit, ne comptez pas sur Vanessa Woods, qui écrit plus ou moins comme ça lui vient, sautant du coq à l'âne, avec de temps en temps des blagues dignes d'une série télévisée. Il n'y a pas non plus énormément d'émotion, ni de suspense. Au bout du compte, si ce livre mérite l'attention, c'est surtout parce qu'il parvient à troubler notre vision de l'humanité. On a beau respecter les animaux, les insectes, les plantes et le vivant en général, nous, hommes, dominons à ce point le monde que nous ne pensons pas plus à notre supériorité qu'à l'action de respirer. Or, ce sont cette certitude et les droits qui en découlent, que ce livre ébranle.
Bonobos, chimpanzés et humains, qui ont un ancêtre commun, partagent plus de 98% de leur patrimoine génétique. Curieusement, les bonobos, présents uniquement au Congo, demeurent moins étudiés que les chimpanzés, alors qu'ils diffèrent radicalement, notamment dans les rapports sociaux : par exemple, un chimpanzé mis en présence d'un étranger tentera de le mettre en pièces, tandis qu'un bonobo ira plutôt lui caresser les organes génitaux, ce qui est quand même plus sympathique. Manque de bol, il semble que nous soyons plus chimpanzés que bonobos, hippies mis à part, alors comme d'habitude, ce sont les plus gentils qui prennent, et au sanctuaire Lola Ya Bonobo, on recueille de petits singes orphelins (leur maman tuée et mangée par des braconniers), aux doigts mutilés (à cause de leurs fameuses propriétés magiques), bref, complètement traumatisés.
Très instructif, agrémenté de plusieurs photographies, le livre de Vanessa Woods aborde aussi l'histoire du Congo, des guerres civiles, avec ses horreurs habituelles, d'une violence à vomir, mais surtout il nous parle de l'humanité des bonobos, d'autant plus évidente qu'elle côtoie la sauvagerie de leurs cousins.