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Le quatuor estudiantin, bien ancré dans la tradition pop classique Beach Boys/surf music, passe à tabac ses propres partitions et surtout leur structure. Résultat, les guitares déstructurées de Joey Santiago et de Black Francis rugissent comme chez Hüsker Dü, se prennent les pieds dans le tapis comme chez Captain Beefheart, pour finalement copuler avec d'improbables harmonies vocales dignes du foetus de Brian Wilson ! Subversion structurelle des compositions (un tic repris dans Nirvana par Kurt Cobain, inconditionnel des Pixies), accords de Santiago collés dans une configuration inhabituelle, textes (SF, religion, sexe) aussi impénétrables qu'un phénomène de Roswell avant l'heure, le monde des Pixies est partout et nulle part. Et même si leur tome IV,
Bossanova, est moins empreint de l'énergie punk des débuts, toute leur sémiologie tient dans cet album : l'intro à la Morricone punk avec la reprise du "Cecilia Ann" des Surftones, l'enfumé "Stormy Weather", la voix d'elfe de Kim Deal sur "Havalina" ou les trépignements de "Rock Music". Cette
Bossanova ne ressemble à aucune autre.
--Marc Zisman
Critique
Le troisième album des Pixies, sorti en 1990, est l’album le moins aimé du groupe. Franck Black y délaisse un temps le punk et le grunge de ses débuts, au profit des ballades surf music et de sa passion pour les extraterrestres. L’album est intéressant, mais à force d’unité au sein des chansons, il perd en originalité et en spontanéité. La musique et le chant sont moins agressifs que sur leur prédécesseur
Doolittle.
Tout commence avec «
Cecilia Ann » (reprise des Surftones), un hymne instrumental trop bien produit, en opposition aux autres sorties des Pixies. Le titre est attirant, mais manque de rage et de cassures de rythme, ressemblant à un classique générique télévisuel. «
Velouria » possède par contre un riff très heavy et singulier qui donne une autre dimension à la musique. «
Allison » est jouée de façon tendue et nerveuse. «
Is she Weird » est une sorte de best-of du groupe, accumulant tous les styles et les registres exploités auparavant. Si «
Ana » sonne romantique, «
All Over the World » est à l’opposée très torturée.
« Dig for Fire » possède des paroles très décalées, mais beaucoup trop attendues de la part des Pixies. «
The Happening » scinde la chanson en diptyque et parle d’un débarquement de petits hommes sur Terre. Les paroles de «
Blown Away » donnent également dans l’inconscient quelque peu déroutant. Enfin, « Hang Wire », « Stormy Weather » et « Havalina » font dans la gentillette ballade composée sur la plage devant un coucher de soleil, entre Hüsker Dü et les Beach Boys. Hypnotiques, mais parfois trop parfaites pour être honnêtes.
Pour résumé, Bossanova est beaucoup plus un album pour fans. Il y a moins d’intonations hispaniques et de paroles absurdes sur la mort et le sexe, moins d’hurlements sanglants et écorchés. Le temps d’un album, les Pixies ont perdu de leur spontanéité. Rien d’étrange quand on sait les tensions qui opposent alors Franck Black et Kim Deal sur le leadership de la formation. Par ailleurs, si l’album n’a pas vendu autant que les quatre autres, les Pixies sont à l’inverse au sommet de leur gloire et distillent des concerts ravageurs et historiques.
Samuel Degasne - Copyright 2012 Music Story