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Trop longtemps sans nouvelles depuis ce disque consacré à Georges Brassens et publié en 1996. Renaud avait fui le monde, les studios, la célébrité. Déprime, séparation, mais aussi l'alcool ont jalonné ce chemin de croix qu'il assume à travers cet album très attendu donc. Le chanteur rompt enfin le silence en faisant un
Boucan d'enfer. Profil bas, toujours aussi attachant, le gavroche des faubourgs n'en reste pas moins pamphlétaire et règle ses comptes à grand coup de rimes assassines ("Je vis caché", "Manhattan-Kaboul" avec Axelle Red) ou blessées ("Cœur perdu", "Tout arrêter"…) et d'autoportrait vitriolé ("Docteur Renaud, Mister Renard"). Entièrement entre les mains de Jean-Pierre Bucolo (arrangements, réalisation et compositions), ces chansons révèlent un Renaud à vif qui n'a jamais été aussi mal barré, même si dans celle-là ("Mal barrés"), il prétend parler de quelqu'un d'autre. Pourtant, il conserve une verve malicieuse et décapante ("Elle a vu le loup", "L'Entarté", "Mon nain de jardin"). Et si cet album était celui de la renaissance ?
--Valérie Dupouy
Descriptions du produit
Cet album, on n'y croyait plus. D'abord, parce qu'on savait Renaud en dépression depuis des années après le départ de sa compagne. Ensuite, parce que les dernières chansons cultes remontaient aux années 80, les années 90 ne nous ayant apporté qu'un "Marchand de cailloux", une "Belle de mai" et quelques reprises de chansons du nord ou de Brassens. Autant avouer qu'on ne pensait pas, qu'à 50 ans, le poulbot de Paname retrouverait sa muse, qu'on avait crue balayée par un "Mistral gagnant" ou envolée sur une mob...
Et pourtant, la preuve est là, en 14 petites perles pour cous (et oreilles) de gonzesses... Et de gonzes ! On passera rapidement sur l'excellent premier texte (une des musiques efficaces), "Docteur Renaud, Mister Renard", si fond et si forme à la fois, également sur le duo avec Axelle Red, "Manhattan-Kaboul", pour aller chercher au fond de l'album d'autres titres moins évidents, mais si puissants, tel ce "Petit pédé" qui donne un sacré coup de vieux au "Comme ils disent" de référence. Sans jamais tirer la couverture à lui - il cite " Gainbourg/Gainsbarre, Aznavour " - Renaud est certainement le plus direct héritier de Brassens encore vivant, celui qui ose évoquer tous les sujets, même les plus tabous (l'auto-analyse, le terrorisme, la Corse, les homos, l'entarteur, les nains de jardin, les animaux...). Sans détour mais sans vulgarité. Peut-être est-ce parce que la vie l'a fait tomber de son nuage qu'il a retrouvé l'hyper-conscience des réalités ?
Quoi qu'il en soit, on reste béat. Portés par des compos, certes minimalistes, de Buccolo (Cabrel), également arrangeur et réalisateur d'un opus où participent de nombreuses pointures (Benarrosh, Salmieri...), ou des musiques d'Alain Lanty (Lavoine), les mots de l'auteur Séchan prouvent que les vrais poètes ont toujours une place. A force de vouloir laisser béton, Renaud a fini par redonner à ses chansons l'éternité de ce matériau... (J.-P. P.)
NB : L'album existe en deux versions, boîtier cristal ou digipack.