Serge Brussolo est un auteur au style inimitable. Sa capacité à créer pour le lecteur, en quelques pages seulement, une atmosphère étouffante, oppressante, est singulière. Son utilisation à outrance des comparaisons est d'ailleurs l'un des éléments fondamentaux de son écriture, qui lui permet de rendre très visuels - et parfois très répugnants - les fantasmes de ses personnages. La description d'une sculpture, par exemple, est l'occasion de deux ou trois pages de digressions portant sur les impressions qu'elle suscite. Comme dans chacun de ses romans, des images fortes subsistent bien après avoir refermé le livre : on citera ici par exemple les pièces de lingerie de pénitence, ou encore les enfants hurleurs chargés d'effrayer de cris inhumains les oiseaux qui hantent Gottherdäl.
Mais ces descriptions très riches, ces atmosphères très lourdes, ne font que masquer - avec talent - la minceur de l'intrigue. Même si les pages se tournent avec plaisir, on a du mal à s'intéresser à la descente vers la folie de Sarah. L'histoire est très linéaire, les répétitions sont nombreuses et même si cette lourdeur du texte contribue à mieux nous emmener dans le monde de folie qu'élabore l'héroïne, l'inertie est parfois pesante. Le fait qu'il n'y ait qu'un et un seul point de vue - celui de Sarah, la romancière -, n'y ait certainement pas étranger. On se laisse porter par la puissance de l'écriture, pas par l'intrigue, et c'est d'autant plus dommage que l'auteur est coutumier des intrigues à tiroir, des échafaudages extravagants qui apportent une demi-douzaine de fins probables à ses romans policiers.