Si on regarde les enregistrements récents du concerto pour violon de Brahms, il n''y a certes pas pénurie de valeureux solistes dignes de leurs aînés, mais ils sont souvent accompagnés sans grand enthousiasme dans une œuvre qui exige un chef (comme Furtwaengler avec Menuhin, Klemperer avec Oistrakh, ou Reiner avec Heifetz). C''est pour une part ce qui fait le prix de cet enregistrement de concert (2000) qui associe Claudio Abbado et la Philharmonie de Berlin, excellents, à Gil Shaham. Celui-ci, qui paraît d''abord assez menu de son, déploie progressivement un jeu aérien et splendide, d''une grâce quasi-féminine, auquel on résistera difficilement. Avec cette interprétation euphorique et hédoniste, Shaham rappelle qu''il est un des meilleurs solistes en activité. Ma seule réserve sur cet enregistrement porterait sur l'introduction du second mouvement et le hautbois d'' Albrecht Mayer, assez neutres. On retrouve les mêmes qualités dans un Double Concerto de toute beauté (2001), où Shaham trouve en Jian Wang un partenaire bien plus qu''un rival, quelqu''un qui déploie comme lui une magnifique palette de couleurs et partage avec lui le souci de la belle ligne et le refus de l''effet gratuit.
En résumé, au milieu d'une discographie pléthorique, ce disque est beaucoup mieux qu''une référence. C''est une splendeur.