Réenregistrer le Concerto pour violon de Johannes Brahms (ici en 2008) n'a de sens que sous certaines conditions, qu'il y ait quelque chose à faire connaître de neuf, ou quelque chose de spécial à préserver.
Il faut tout de même rappeler l'existence de phares de la discographie comme Menuhin/ Furtwängler
Concerto pour violon en ré majeur, op.77 / Concerto pour violon & violoncelle en la mineur op.102, Heifetz/ Reiner
Brahms : Concerto pour violon Op.77 - Tchaïkovsky : Concerto pour violon Op.35, ou Oistrakh/ Klemperer (un vrai must)
Violin Concerto / Sinfonia Concertante, sans parler d'une version sublime et oubliée comme celle de Johanna Martzy avec Paul Kletzki
Concertos Pour Violon.
La première chose qui frappe en écoutant Vadim Repin dans ce disque c'est la splendeur de sa sonorité, vraiment large, épanouie et heureuse dans une époque où beaucoup de violonistes ont plutôt tendance à réduire la voilure. Placé par la prise de son bien en avant, il se montre conquérant et assuré, et ceci méritait d'être gravé, assurément (dans le premier mouvement, cadence de J. Heifetz).
Malheureusement, une fois qu'on a dit que le Gewandhaus de Leipzig a créé l'oeuvre (il y tout de même fort longtemps), ce qui à soi seul ne garantit strictement rien, force est de constater que la direction de Chailly n'a dans cet op. 77 rien de bien rare, car elle manque, presque toujours, la dimension d'ivresse et de volupté de la partition. Ce qui personnellement, étant donné ses concertos pour piano du même Brahms avec Nelson Freire chez Decca, n'est pas pour me surprendre.
Le mouvement le mieux venu de ce point de vue est à mon sens le troisième, où la dimension festive prend peu à peu le dessus, le violoniste parvenant à insuffler toute la vie nécessaire et à faire oublier le manque de flamme du chef.
C'est sans doute pour une part une question de goût, mais je suis plus sensible au raffinement de Gil Shaham
Brahms - Concerto pour violon / Double Concertodans cette musique, à la manière dont il l'habite, même avec moins d'ampleur, qu'à la belle prestation de Repin. N'oublions pas non plus la réédition plus que discrète récemment, et économique, du dernier et méconnu enregistrement de l'oeuvre par Nathan Milstein, chez DG encore
Brahms : Concerto Pour Violon - Mendelssohn : Concerto Pour Violon.
Pour le Double concerto, Repin a pour partenaire Truls Mork. Et on l'a compris dès les premières mesures, avec quel résultat. On change vraiment de dimension tant les deux solistes se montrent engagés, incisifs, rayonnants et complémentaires. Chailly dépasse ici la routine de luxe et je doute qu'on puisse entendre souvent au disque l'oeuvre, si singulière, dans des conditions aussi optimales, dans une optique plus solaire et moins automnale qu'ailleurs sans doute (pour le premier mouvement), mais il y a les deux dans l'oeuvre et cette vision affirmative est parfaitement légitime. Le second mouvement tient les promesses du premier et le dernier seul peut se voir préférer ce qu'on entend avec Shaham/ Jian Wang/ Abbado, ou plus loin de nous avec Schneiderhan/ Starker et Ferenc Fricsay
Beethoven : Triple Concerto pour violon, violoncelle et piano - Brahms : Double Concerto pour violon et violoncelle.
En résumé, ce très beau disque documente du magnifique violon, mais à mon sens il s'adresse plutôt aux amoureux de l'op. 77, qui connaissent déjà bien l'oeuvre, ou à ceux qui cherchent une belle version récente du double Concerto et qui la trouveront ici.