Anne-Sophie Mutter est une violoniste qui divise. Il faut porter à son crédit au moins deux choses : d'abord, que le résultat plaise ou non, c'est de tous les violonistes en activité celle à ma connaissance qui a la palette de couleurs instrumentales la plus riche, le jeu le plus varié. Il faut aussi rappeler qu'elle a suscité, et continue à susciter, comme Rostropovitch le faisait, bien des oeuvres nouvelles
Concerto pour violon / le Temps chanté. Par ailleurs il faut reconnaître que tout ce qu'elle fait n'est pas réussi, et il arrive que l'affectation, devenue proprement irritante, fasse regretter le naturel et la simplicité, qui ne sont pas ses vertus premières.
Ce somptueux Concerto de Brahms capté en public en 1997 (avec un rare complément schumannien) est peut-être son meilleur disque à ce jour, et l'un des plus personnels. Il fait plus que tenir son rang dans la « discographie » richissime de l'oeuvre, de Fritz Kreisler
Fritz Kreisler - The Complete concerto recordings vol.2à Gil Shaham
Brahms - Concerto pour violon / Double Concerto. L'accompagnement de Masur avec New York est fonctionnel, mais le violon, lui, est enivrant, asphyxiant de beauté sonore du début à la fin, extrême en tout : ampleur, vigueur, expressivité pour ne pas dire érotisme. L'entrée dans le premier mouvement n'est qu'un parmi une série de moments prodigieux, comme ce qui suit la cadence. A une époque où on enregistre le Requiem allemand avec deux pianos et où restreindre l'effectif orchestral dans les quatre Symphonies vaut automatiquement à un chef des applaudissements, cette option ample, «toutes voiles dehors », même fièrement défendue, a un côté inactuel, ce qui la rend d'autant plus précieuse. Défendons ce disque magnifique, magnifique aussi parce qu'osé et risqué.