A travers ses enregistrements de la musique de chambre sans piano de Brahms (1er sextuor et 3e quatuor, 2e sextuor et 1er quatuor, Quintette pour clarinette et 2e quatuor et enfin ces deux quintettes), le quatuor de Leipzig témoigne d'une approche interprétative très personnelle et caractéristique : belle sonorité d'ensemble, rehaussée par une prise de son très naturelle, belle attention aux nuances dynamiques, et surtout tempos toujours vifs, avec accents et contrastes fermement marqués. De manière générale c'est une approche très juste de l'univers de Brahms, que les interpètes abordent trop souvent et peut-être caricaturalement comme le "monsieur ventripotent avec la grande barbe", alors qu'il y a toujours chez Brahms, même dans les oeuvres tardives réputées les plus "automnales", un fond sous-jacent d'emportement romantique, voire de violence.
S'agissant des deux quintettes à cordes, cette approche me semble pourtant plus convaincante dans le deuxième que dans le premier. C'est d'ailleurs le deuxième qui, curieusement, ouvre le CD, comme si les interprètes et leur éditeur étaient plus convaincus des mérites musicaux de celui-là que du premier. Le premier mouvement, d'un lyrisme tendu à l'extrême et d'une ampleur de son quasi-symphonique, présente sous les archets du quatuor de Leipzig toutes les qualités d'allant requises et un beau sens des nuances. Les tempos assez allants adoptés par le groupe dans les deux mouvements médians sont parfaitement appropriés et confèrent à ceux-ci la tension dramatique voulue (rarement atteinte dans les pages finales de l'adagio quand celui-ci est pris à un tempo trop lent). Le finale est vif et léger.
En revanche, la vitesse devient précipitation dans le premier quintette. Certes, le dernier mouvement, "allegro energico", bénéficie magnifiquement de cette approche. Pourtant, dans le premier mouvement du quintette, inscrit "allegro NON TROPPO ma con brio", les Leipzig sacrifient clairment le non troppo au profit du brio. De fait, comme dans l'allegro energico conclusif, ils sont les plus rapides de la quinzaine ou plus de versions que j'ai eu l'occasion d'écouter. Au passage, tout l'indispensable charme de ce mouvement est perdu, au profit d'une urgence, d'une agitation, d'une tension dramatique parfois convaincante, mais somme toute assez univoque et moins appropriée ici. De même, dans le deuxième mouvement, qui combine l'adagio et le scherzo, leur approche fonctionne très bien dans les sections médianes(allegretto vivace et presto) de ce mouvement , mais moins bien dans la partie Grave ed appassionnato, où ils sacrifient un peu trop le grave au profit de l'appassionnato.
Au total, donc, une version intéressante pour ces choix interprétatifs très marqués, mais, dans le premier quintette, pas entièrement convaincante ni toujours fidèle aux indications de Brahms.