Les "traditions" d'interprétation de la musique de Brahms lui ont conféré une lenteur, un legato, une épaisseur tout à fait hors sujet. Les voix intermédiaires, si importantes dans sa musique, sont habituellement noyées dans une masse sonore qui défigure la volonté initiale du compositeur. Lui même s'affirmait l'héritier direct de Mozart, de Haydn et de Beethoven, mais aussi de Schütz (dont il connaissait parfaitement la musique) ainsi que de Bach. Tout cet héritage DOIT se sentir. Et c'est le cas avec cet enregistrement. Grâce à l'intelligence de la direction de Gardiner, toute la dynamique de la musique de Brahms est enfin révélée, ses couleurs, ses intentions rhétoriques, ses sources d'inspirations, ses héritages. La musique de Brahms est tout sauf une plongée parsifalesque (ce que Gardiner appelle la "pollution" interprétative), où règne en maîtres le pathos et le vibrato (contre sens abolu: lors de la création du concerto pour violon, on fit mention dans les chroniques musicales, des moments où le violoniste avait vibré, preuve que le vibrato était exceptionnel et seulement utilisé de manière judicieuse, dans un but expressif).
Ce disque est pour moi un aboutissement. L'oeuvre est enfin révélée dans toute sa beauté, toute sa complexité et replacée dans l'histoire de la musique occidentale à une juste place. Les oeuvres pour choeur qui complètes le disque sont de tout premier ordre. Elle confirme à quel point Brahms entretenait une relation privilégiée avec les maîtres du passé.
Merci monsieur Gardiner!