Les deux sonates pour clarinette et piano opus 120 sont des oeuvres de la fin de la vie de Brahms, consécutives à sa rencontre avec le clarinettiste Richard Mühlfeld, qui a aussi permis la composition du quintette opus 115 et du trop peu connu trio opus 114. A l'époque du 33 tours, cette version de Gervase de Peyer et Daniel Barenboïm était placée au plus haut niveau.
Pour jouer Brahms, il faut une certaine robustesse, ce qui fait que les interprétations trop sveltes sont rarement les préférées de ceux qui aiment vraiment ce compositeur, et aussi du rêve et de l'intériorité. Il semble que les deux solistes se soient partagé les qualités nécessaires. Le clarinettiste joue comme s'il improvisait, il donne une impression de rêve, de calme, avec des ondulations qui ne mettent pas vraiment en danger la ligne; quant au pianiste, son jeu est solide, puissant et massif, cette robustesse est toujours en situation et ne trahit pas l'atmosphère crée par la clarinette. En fait, l'entente entre les deux artistes est réelle, quelque opposés que soit les moyens employés, d'ailleurs en relation avec le caractère des deux instruments. Cette version vous amène plus loin que les autres, du moins celles que je connais.
Si le 33 tours se contentait de ces trois quarts d'heure de musique, le CD propose un complément: le trio pour piano, clarinette et violoncelle "Gassenhauer", opus 11, dont il existe aussi une version postérieure où le violon remplace la clarinette. Jacqueline du Pré, l'épouse de Daniel Barenboïm, se joint aux deux solistes présents dans les sonates de Brahms. Je ne peux comparer cette version qu'à une autre, celle de Richard Stoltzman, Rudolf Serkin et Alain Meunier, qui me semble plus puissante et plus rigoureuse. En fait ce sont des interprétations très différentes. Cependant, si on écoute particulièrement les violoncellistes, c'est à du Pré qu'on s'intéressera le plus.