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5.0 étoiles sur 5
la guerre des mondes, 14 avril 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Brain Salad Surgery (CD)
Le dernier grand album d'un groupe qui allait par la suite rapidement décliner (malgré des "Works Vol. 1 & 2" encore honorables), pour disparaître complètement à l'aube des années 80, si peu compréhensives avec les "dinosaures" (surtout progressifs) de la décénnie précédente... Mais dans la première moitié des années 70, ce genre avait le vent en poupe (d'ailleurs, même les groupes qui n'étaient pas classés "progressif" faisaient quand même souvent du progressif), et E.L.P. allait connaître la gloire avec quatre albums originaux fusionnant rock, classique, musique contemporaine et recherche sonore inédite (Keith Emerson fut ainsi l'un des premiers à utiliser le moog synthétiseur et Carl Palmer le premier à adopter un système équivalent pour sa batterie).
"Brain Salad Surgery" (1973) reprends sensiblement, dans sa track-list, le même schéma que "Tarkus" et "Trilogy", sortis respectivement en 1971 et 1972 : reprise de morceau classique (au sens large), pastiche "western", ballade acoustique et surtout grande fresque ambitieuse et élaborée, où tout le talent des trois musiciens éclate et principalement celui de K. Emerson, maître des claviers à la fois cérébral et impétueux, dont je n'ai jamais entendu la moindre fausse note même en live (je pense à l'extraordinaire "Welcome Back My Friends..." notamment), ce qui tient de l'exploit dans un style de musique aussi complexe et virtuose.
Le disque démarre avec le cantique solennel anglais "Jerusalem", l'orgue soutenant la voix claire et forte de Greg Lake. Puis "Toccata" est une relecture très personnelle d'une oeuvre de musique contemporaine (premier concerto pour piano du compositeur argentin Alberto Ginastera, quatrième mouvement), dans laquelle s'illustre non seulement K. Emerson avec des sonorités électroniques recherchées et tout à fait originales mais aussi Carl Palmer dans un travail au niveau des percussions particulièrement inventif et intelligent. Vient ensuite la ballade acoustique de Greg Lake "Still....You Turn Me On" (à laquelle je lui préfère son équivalente sur "Trilogy", nettement plus réussie à mon sens), puis la parodie de musique de saloon "Benny The Bouncer"; ce morceau burlesque et amusant comporte une fausse fin, puis quelques notes de piano bastringue concluent et ce qui vient juste après constitue un changement radical d'atmosphère : l'orgue seul entonne, glacial, une courte introduction dramatique et on est parti pour la très longue suite énigmatiquement intitulée "Karn Evil 9", sans conteste le titre le plus époustouflant et dément (et le plus long aussi) de toute la discographie d'Emerson Lake & Palmer.
Il s'agit d'une histoire de guerre entre humains et ordinateurs, divisée en trois tableaux ("impressions"), deux longs, complexes et dans l'ensemble assez véhéments, partiellement chantés et dominés par l'orgue et les synthétiseurs (mais aussi ponctués de beaux solos de guitare électrique), encadrant un (relativement) court instrumental au piano juste accompagné par la basse et la batterie, dans un style véloce et plutôt jazzy, genre que le groupe a par ailleurs très peu abordé.
"Karn Evil 9" alterne, dans ses première et troisième impressions, magistrales parties chantées (G. Lake est ou était l'une des plus belles voix de toute la rock music) et passages instrumentaux proprement ahurissants, parfois violents (on retrouve en cela beaucoup du climat de "Tarkus" ou de la seconde partie de "Trilogy", le morceau), mais aussi expérimentaux (sons jamais entendus, voix d'"hommes-machine"), dans une inspiration, une folie et une noirceur que je ne retrouve que dans certains opus de King Crimson ou de Van Der Graaf Generator (pour rester dans un genre musical apparenté). Je rapproche aussi cet album du "Relayer" de Yes : une incroyable créativité et une perfection y compris sonore qui en a exaspéré beaucoup, ces derniers confondant ambition et prétention... Personnellement, je "regarde" la musique, et cet album reste pour moi un grand moment de musique, rien d'autre à ajouter...
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