Critique
So Kalmery aborde la musique pan-africaine avec la même fièvre irrévérencieuse que Ben Harper (dont il assura en son temps l'ouverture d'une tournée française) réserve aux douze mesures : même si l'usage du swahili (idiome plus petit dénominateur commun de 3/4 des africains) et la défroque de griot acoustique, définissent les contours de l'artiste, ils ne l'enferment dans aucune orthodoxie. Et l’usage de l’anglais assure également également le relief d’appels explicites à la danse (
« Hey ! Mama Lisa »). On est donc dans l'empêchement total de lui accoler une quelconque étiquette, puisque beaucoup - gospel, world music, chanson, blues - lui conviendraient. Car Kalmery est une pie voleuse.
Une naissance zaïroise, une adolescence zambienne, des prémisses de carrière burundais, et une consécration kenyane, lui auront permis de chaparder traditions, traitements et inspirations, et de les synthétiser de la manière la plus élégante, et personnelle, qui soit. Les multiples rencontres - Papa Wemba, mais aussi Dollar Brand, ou Paco de Lucia - les centres d'intérêt, de l'Égypte antique au scénario de films, non moins nombreux, appelaient l'inédit.
Et, en effet, si l'itinérance du bonhomme ne promet nul classicisme, elle réserve toutefois quelques belles surprises : à peine s'est-on habitué au claquement impétueux des rythmes, cette petite piqûre tenace incitatrice à la fête, ou à l’afro-funk de
« Makout », que la chanson suivante – le faux boogie mais vrai déhanchement
« Waria » - renvoie, par ses halètements et souffles courts, jusque dans ses hommages à tous (de Marvin Gaye à Barry White), aux très riches heures d’un mariage inventé entre Fela Kuti, et Wilson Pickett.
Car l'Africain, après avoir tracé dans ses enregistrements le sillon le plus court entre le dénuement décharné de Robert Johnson et la scansion hypnotique de Ben Harper, et donc entre l’ancestral et le contemporain, développe dans
Brakka System l’idée d’une contemporanéité de cette Afrique de toutes les cultures. Et il s'autorise également quelques mélancolies entrechoquées, le rêve du vent dans des percussions timides, le lamento d'un saxophone soprano, et une mélodie amoureusement chipée à l'imaginaire aborigène.
Kalmery nous fait jeter par-dessus les moulins de nos habitudes les cotillons des convenances. Un univers de tous les univers, et le sentiment enivrant de se sentir chez soi, partout, en compagnie d'un bassiste, d'un compositeur, et d'un guitariste majeur.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story
Description du produit
Compositeur très fin, chanteur tout en émotions, guitariste flamboyant, le Congolais So Kalmery défie les étiquettes. Entre blues, world, chanson, soul, rock et gospel, ses rythmiques sentent la transe et ses mélodies sont accrocheuses. Qu'il chante en swahili, en anglais, ou en français, ses ballades sonnent juste et possèdent cette intensité minimaliste qui est la marque de fabrique des plus grands. Originaire de l'Est du Congo (République Démocratique du Congo), l'auteur, compositeur et interprète So Kalmery est LE représentant d'un style musical, le "brakka". Tout à la fois une philosophie, un combat (voir ses textes fortement imprégnés de revendications sociales et politiques) et une musique indissociable de la danse, le Brakka est, comme son nom l'indique, ("bra" : le commencement, et "ka" : L'infini, l'esprit), une musique qui puise sa source dans la tradition africaine de l'Est tout en y intégrant les influences urbaines inhérentes à chaque époque. C'est aussi une danse très physique et acrobatique qui impressionne souvent les danseurs hip hop. Le nouvel album de So Kalmery, "Brakka System", se situe au confluent du Brakka et d'un blues tonique et envoûtant à la John Lee Hooker. Sur cet album, il est accompagné notamment par Larry Crockett, Hubert Colau à la batterie, et Hilaire Panda et Daby Touré à la basse, Patrick Bebey au Fender Rhodes, Aziz l'ex-chanteur de l'Orchestre national de Barbès, et Alain Debiossat de Sixun aux saxophones... Quant à l'ingénieur du son, il s'agit du réalisateur anglais Stuart Bruce, un orfèvre du studio qui a notamment travaillé avec Susheela Raman, Yes, le trio Paco de Lucia, John McLaughlin, Al di Meola et Laurent Voulzy.