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Lessai de Jean-Loup Amselle est un livre fort, touffu. Un ouvrage qui, sans mauvais jeu de mots, autorise bien des branchements. Enquête de terrain, réflexion dun anthropologue sur les fondements de sa science, il dépasse allègrement son cadre intellectuel, pour informer tout autant la réflexion politique que culturelle. Sans doute parce quen lui saffirme une volonté programmatique.
En effet, en filant une métaphore nouvelle pour parler des cultures, il ne cherche rien moins quà nous aider à construire une vision neuve de lavenir des différences culturelles à lépoque de la mondialisation. Ce quil tente dans cet ouvrage, cest de nous arracher à limage dun monde global qui serait le produit de «mélanges» de cultures, vues chacune comme un univers étanche. Là où, habituellement, la métaphore du métissage maintient dans notre vision des cultures une dimension
racialiste, Amselle affirme lidée radicale dune co-présence initiale des différentes cultures. Son postulat, cest loriginelle ouverture à lautre de toute culture. Il existerait ainsi une interculturalité à l'intérieur de laquelle chaque culture trouverait son domaine de définition. Pas de cultures sans Culture. Amselle ne cesse de dénoncer la situation de guerre larvée entre les cultures dans laquelle nous nous trouvons. Mais combattant avec force lidée dune pureté originaire des cultures, il montre aussi en quoi luniversalisme est le moyen privilégié dexpression des différences culturelles. --
Joël Jégouzo--
--Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
Présentation de l'éditeur
Ce livre, qui procède d'un travail de terrain éclaté, nous promène à travers les capitales de trois pays africains : Bamako au Mali, Le Caire en Egypte et Conakry en Guinée. En cela, il rompt avec l'approche classique de l'anthropologie, qui privilégie le local par rapport au global, et répond au souci de cerner au plus près les contours d'une véritable multinationale culturelle: le N'ko. Fondé en 1949 pour exprimer l'identité d'un peuple opprimé, le peuple mandingue, ce mouvement doit beaucoup à l'Europe et à l'islam - l'alphabet dont il s'est doté évoque ainsi les alphabets latin et arabe, tout en possédant ses caractéristiques propres. A ce titre, le N'ko illustre les " branchements " possibles d'une culture sur une autre, phénomène de dérivations multiples qui montre bien que notre monde globalisé n'est pas une simple juxtaposition d'univers étanches. De la globalisation à l'afrocentrisme, de l'écriture à la philosophie africaine et au génocide, la thématique du branchement permet de décliner les différentes figures qui font de l'Afrique un concept à géométrie variable, un élément essentiel de l'imaginaire planétaire.