Avec Brasileza de Patrick Corneau, le ton est donné d'emblée : il s'agit d'amour pour un pays nommé Brésil, du parcours physique et intellectuel d'une terre, et d'une poétique. Brasileza est une relation de voyage et un dialogue, ironique et incisif, avec ce genre déconcertant qui ouvrit l'Occidental à l'ère de la découverte et du soupçon, installa la fiction dans d'autres mondes possibles. Bâti en trois temps, ou battant trois mesures - les suites brésiliennes -, l'auteur refait, depuis São Paulo jusqu'au cœur de l'Amazonie, l'itinéraire que les premiers explorateurs paulistes avaient entrepris à la fin du XVIe siècle. Cette fresque cartographique, par sauts et gambades, convoque souvenirs et anecdotes, mêle réflexions et informations, restitue du vécu et convoque les expériences d'aventuriers, d'écrivains et de voyageurs pour finalement s'adonner à une méditation - travelogue - sur la charge des lieux et la morale du voyage. De la surface à l'ossature cachée, Patrick Corneau dépiste le lieu commun et, au gré de ses lectures et expériences, en vient peu à peu à révéler un Brésil inattendu dont le génie improvisateur et inventif, tout en souplesse et mobilité, permettrait de résister au désenchantement et à la rudesse du monde. Thèse riche que confirme chaque jour l'actualité brésilienne...
En tous les cas, c'est bien la cordialité particulière à ce pays qui a nourri cet authentique guide de voyage dont la texture est particulièrement soignée, avec son encre rouge et les belles gravures d'Alex Cerveny qui donnent à voir du muscle et du rêve.