Parler de « Rio bravo » en 20 lignes, quelle gageure ! « Rio bravo » est un classique, comme on dit de Mozart ou Monet que ce sont des classiques. C'est un des films les plus célèbres qui soit, à juste titre. C'est une pièce, classique, qui respecte la règle théâtrale des trois unités.
Le lieu : une prison, un restaurant, et la rue qui les relie. L'action : le shérif garde un assassin en attente de jugement en prison, et le frère du tueur, notable corrompu, tente de l'en faire sortir. Le temps : six jours à tenir avant que le juge n'arrive en ville. Six jours à ne pas pouvoir sortir, ou alors, sur ses gardes, car la ville pullulent de tueurs. Six jours, c'est long...
Rien que ce postulat de départ, c'est génial ! Ce sont les cinq premières minutes du film. Ensuite Howard Hawks va dérouler son histoire pendant 2h20, sur un rythme nonchalant. Car « Rio bravo » n'est pas un western fait de poursuites, de cavalerie et de saloon dévastés. C'est un film lent, silencieux, angoissant, qui s'attache aux personnages, aux femmes autant qu'aux hommes. John Wayne, qui trouve ici un de ses plus beaux rôles, domine le film de sa stature. Son jeu est précis, codifié : regardez bien comment il saisit sa carabine d'u revers du poignet, et sa démarche lors des rondes de nuit... Il y a Dean Martin, alcoolique, parano, la risée de la ville, victime d'humiliations répétées. Walter Brennan, vieillard bourru et boiteux, avec un caeur gros comme ça. Et puis Angie Dickinson, 1,52 cm d'érotisme (ah la scène de la culotte avec Wayne, un bonheur !) mais aussi de force et de courage, car dans les films de Hawks les femmes ne sont pas de stupides potiches, elles mènent les hommes, sont le moteur de l'action.
Les morceaux de bravoures de « Rio Bravo » sont si nombreux, qu'il faudrait trois jours à les décrire. Citons rapidement la traque d'un tueur dans un bar rempli de témoins muets (le coup de crosse de fusil dans le menton, aïe !), la scène de diversion avec le pot de fleurs lancé par la fenêtre, la scène de la cigarette en prison, l'échange sur le pont, et bien sûr la fusillade finale, interminable, conclue à la dynamite. C'est énorme ! Dans « Rio bravo » la violence est latente, et elle éclate d'un coup, brutale, elle révèle les consciences. C'est un film sur l'amitié, le respect, la bravoure, la rédemption, le courage, c'est un film drôle, truculent, autant que tragique et violent, auréolé d'une chanson mexicaine qui vous colle aux oreilles pour toujours.
La mise en scène de Hawks est classique, d'une précision diabolique dans les cadrages des plans (voir le montage lors du premier meurtre, dès le début). La caméra ne bouge que lorsque c'est nécessaire. Ce classicisme (dont Clint Eastwood est un des héritiers) fait que le film ne vieillit pas, il se regarde vingt fois avec le même plaisir, chaque vision nous dévoilant un détail ignoré, on attend telle ou telle scène, et quand elle arrive, on est bluffé comme la première fois.
« Rio bravo » est un vrai grand chef d'aeuvre du cinéma, inoubliable, insurpassable, intemporel.
PS : les versions DVD propose une version tronquée, recadrée en 16/9. Trahison ! La version originale est en format 1 :33, découvrez-la au cinéma !