Ken Loach est plus qu'un réalisateur, c'est un cinéaste ultra réaliste qui observe, analyse et décortique à la manière d'un ethnologue le monde qui l'entoure, sans concession ni fioriture. Bread and Roses est sûrement l'un de ses meilleurs films même si ce n'est pas le plus connu : il y explore avec son habituel regard scrutateur, toujours aussi acéré et cynique, l'Amérique de la prospérité, sans oublier son côté frondeur, parfois désabusé, mais surtout son imparable pate touchante et poignante qui ne laisse pas le spectateur indemne d'un bout à l'autre du film.
Un réalisateur d'exception, hors norme dans le cinéma mondial et trop souvent rejeté pour l'intellectualité et l'approche critique et implacable de ses mises en scènes et ses atmosphères paradoxales et aussi terriblement généreuses par moment. Plus qu'un réalisateur à apprécier pour son côté à fleur de peau, son talent tranchant, c'est un Artiste comme on en trouve de moins en moins, qui sans concession plonge dans la société de son époque pour en montrer toutes les facettes, même les moins glorieuses et nous ouvrir les yeux sur le monde qui nous entoure et que l'on voit de moins en moins (avec les yeux, ni le coeur d'ailleurs).
On découvre dans ce film en particulier la face cachée de la prospérité et c'est jubilatoire, d'autant que Bread and Roses était déjà servi par l'excellente prestation d'Adrien Brody qui quelques années plus tard devait être consacré pour son rôle dans Le Pianiste de Polanski. Regardez ce film, vous ne le regretterez pas si vous aimez le vrai bon cinéma américain qui sort des sentiers rebattus!