Album solo, side-project, nouveau groupe, British Lion est un peu tout ça. A vrai dire, à la nouvelle de la sortie de British Lion, on était un peu surpris. On imaginait mal Steve Harris, monomaniaque dirigeant d'Iron Maiden, aller s'aventurer hors du pré-carré qu'il a si précautionneusement construit depuis 1975. A partir de là, il n'est pas surprenant que cette première aventure "solitaire" se démarque notablement du son qui a fait la réputation, la gloire et la fortune de son leader, en attendre autre chose serait d'ailleurs pure perte.
En 10 titres et un peu plus de 52 minutes (une dose raisonnable pour un Harris dont le groupe principal s'aventure trop souvent dans de longuets exercices), il est évident que l'objectif principal de la galette n'était pas de se réinventer ou de tenter un "move" de carrière qui surprendrait les foules. Harris, cinquantenaire plus gentleman-farmer que vilain trublion, se fait visiblement ici, audiblement, plaisir et on comprend qu'après tant d'années vouées à une seule et unique entreprise, le besoin d'air se soit sentir, on s'inquièterait même si ça n'avait pas été le cas.
Musicalement, ceux qui espèrent retrouver ici des bribes de la Vierge de fer en seront pour leurs frais, tout juste y entend-t-on épisodiquement le slapping-sound si typique de l'instrumentiste-en-chef (on ne se refait jamais tout à fait) et un certain goût pour des structures de chansons « péri-progressives » en particulier sur un Up Against the World qui, plus musclé et « doubleguitarisé », n'aurait pas fait tâche dans les récentes productions du groupe, une bonne chanson, qui plus est. De fait, si on voulait absolument étiqueter cette musique, on lui collerait plus volontiers celle de Hard Rock que de Heavy Metal (même s'il en reste un peu) puisque elle affiche fièrement un maniérisme en directe descendance de Led Zeppelin, Deep Purple, Rainbow, UFO, Uriah Heep et quelques autres, qui, pour être évident, n'en devient pas envahissant, on regrettera juste le glissement AOR de fin de parcours (Eyes of the Young, une sorte de sous Bon Jovi et pire titre de l'album), qui fait un peu retomber le soufflé.
Côté « accompagnateurs », on se doit de faire mention de Richard Taylor, vocaliste que sauf erreur je n'avais jamais croisé, qui, s'il manque quelque peu de puissance, a un timbre rappelant Paul Rodgers pas désagréable du tout, si son apport à l'opus n'est pas exactement décisif, il se marie bien à l'ensemble, ne détonne pas et délivre même, sur les morceaux les plus calmes (voir la fin de Lost Worlds, par exemple) où son handicap se fait moins ressentir, quelques belles performances, c'est déjà ça. Autre sideman important, David Hawkins (co-producteur, co-compositeur de la quasi-intégralité des titres et aussi guitariste, clavier, choriste... n'en jetez plus !) est clairement l'autre pilier du projet et délivre des performances et des compositions où s'accouplent joyeusement classicisme et efficacité. Car, il faut bien le dire, si Harris s'est fait plaisir, il nous fait plaisir aussi avec un album sans fard, franc du collier, qui ne réinvente pas la roue mais s'écoute avec un vrai plaisir aucunement minoré par une production moderne (Kevin Shirley mixe) mais point trop « loud », ouf !
Bien sûr, c'est un peu de la musique de vieux mais, à l'instar du Wishbone Ash de l'an passé, des dernières productions de surprenante tenue d'Uriah Heep (pas comme le dernier Tygers of Pan Tang, quoi !), c'est de la musique de vieux dynamiques, content d'être là et de partager ces moments avec nous. Personnellement, je n'en attendais pas autant aussi, à la condition que vous n'espériez pas (ultime avertissement) de l'Iron Maiden (ou alors en vraiment plus « light »), il y a de fortes chance que vous ressortiez, comme moi, de l'expérience tout revigoré et curieux de voir si suite il y aura (c'est prévu !) parce que, clairement, ce Lion Britannique a un bon p'tit goût de reviens-y.
Personnel:
BRITISH LION
- Steve Harris: basse
- Richard Taylor: chant
- David Hawkins: guitare, claviers (sauf 5, 6, 8)
- Grahame Leslie: guitare (5, 6, 8)
- Simon Dawson: batterie (2, 4, 9)
Musiciens additionnels
- Barry Fitzgibbon: guitare (5, 6, 8)
- Ian Roberts: batterie (5, 6, 8)
- Richard Cook: batterie (1, 3, 7)