...mais je me suis quand même laissé tenter par cette entreprise, produite par la BBC en 1966, pour laquelle Britten condensa en deux Actes sa conception originale.
Noir et blanc bien restauré, images propres, excellente prise de son qui valorise le relief de la direction de Mackerras, très suggestive.
Les effets visuels sont un peu datés (les nappes de brouillard par exemple) mais dans l'ensemble la réalisation ne déçoit pas, même si certains gros plans ne sont pas vraiment avantageux.
Costumes et accessoires appropriés au contexte de l'oeuvre (vers 1800), conventionnels décors pour évoquer le navire HMS Indomitable où se déroule toute l'intrigue : ces huis-clos se passent sur le pont, dans les quartiers d'équipage, dans la cabine du Capitaine.
Distribution de luxe, parfaitement idiomatique, prestation vocale globalement très satisfaisante, jusque dans les seconds rôles ; même un Nigel Rogers pour le Maintop ! Et comme Novice un Robert Tear viscéralement déchiré par le maléfique cerbère qui le pousse à suborner Billy. Bon trio d'officiers, parmi lesquels John Shirley-Quirk en lieutenant Redburn, même si leur importance ne dépasse guère la scène de la Cour Martiale dont ils s'acquittent avec la sévérité requise.
Michael Langdon a d'emblée le talent de se faire détester pour un Claggart physiquement très imposant, toujours prompt à user du chat à neuf queues, et qu'on ne saurait imaginer plus vil et haïssable.
Excellent Peter Pears, très bon acteur, particulièrement son dépit quand le Maître d'armes vient lui annoncer la trahison supposée de Budd. Le tourment du Capitaine Vere, partagé entre son idéalisme moral et la justice des hommes, est éloquemment rendu par son visage torturé lors du procès. On s'explique moins sa mine contente, contemplant l'horizon et y oubliant ses remords, lors de la pendaison finale illustrée par un intelligent effet quand au lieu de nous montrer le corps accroché au grand mât, les caméras surplombent en plongée les regards apitoyés des matelots.
Le héros est peut-être moins convaincant : succédant au svelte et charismatique Theodor Uppman qui en 1951 disposait de la silhouette de l'emploi, voici là un Peter Glossop peut-être déjà vieux pour le rôle principal, incarnant un Baby Budd replet, plus robuste et hâbleur que candide ou messianique. Fragilité, ambigüité n'auraient pourtant pas nui à cette composition qui ici ne parvient ni à m'émouvoir ni à révèler l'innocence sacrificielle du personnage.
Les figurants du Ambrosian Chorus n'ont pas toujours l'air motivé par les situations auxquelles ils doivent prendre part, quoique l'épisode du combat naval avec le vaisseau napoléonien vibre d'une communicative ardeur.
Ne manquerait qu'un surcroît de poids tragique, une scénographie plus travaillée et une figuration plus surveillée, qui auraient transcendé les conditions artificielles du studio, pour que le spectacle fasse oublier le petit écran et nous imprègne totalement.