N'hésitons pas à l'affirmer: cet opéra de chambre de Britten, d'après une histoire de Henry James, est un pur chef d'oeuvre: par son intensité, son orchestration aussi transparente qu'efficace, sa structure musicale variée, sa sincérité profondément ancrée dans la conscience meurtrie du compositeur.
Les chanteurs s'impliquent profondément dans leurs rôles et incarnent des personnages parfaitement plausibles, y compris les 'fantômes': J. Rodgers nous propose une gouvernante dont la bonne volonté un peu victorienne n'y peut mais et qui finit par glisser à son corps défendant dans un abîme opaque; le Peter Quint de I. Bostridge (qui interprète également le 'Prologue') apparaît moins pervers que misérablement touchant, cependant que le Miles du jeune J. Leang contrebalance son statut présumé de victime par une perversité qui n'a rien à envier à celle de Quint; V. Tierney en miss Jessel semble bien lamentable sous son masque de froideur, J. Henschel en Mrs Grose joue l'innocence truculente conforme à son statut social sans interdire de penser qu'elle est peut-être, en définitive, la plus perverse de tous, celle qui rend le drame inéluctable par son refus d'assumer une réalité qui vient défier ses préjugés; seule la Flora de C. Wise est demeurée trop enfant pour qu'une chance ne lui soit laissée de s'en tirer.
D. Harding, à la tête de l'orchestre de chambre Mahler, équilibre à merveille les deux facettes de la partition, assurant une remarquable synthèse, et des jeux de timbres, et de l'inéluctable tension dramatique.
Un 'must'.