Enfin, deux opéras de Britten dans leur grande version récente sont réédités: The Turn Of The Screw, un de ses fleurons, adapté du célèbre récit de James, et son grand-oeuvre,
Peter Grimes. Deux excellentes nouvelles pour l'amateur de Britten (qui les connaît sans doute déjà) comme pour n'importe quel amateur d'opéra. Notons pour ceux qui auraient acquis ou décidé d'acquérir
Britten: The Collectors Edition (Coffret 37 CD), que ce sont ces deux versions qui se trouvent dans le coffret.
On sait que la longue nouvelle de Henry James
Le Tour d'écrou a inspiré bien des oeuvres dans tous les genres, certaines ô combien réussies (ex. au cinéma
Les Innocents de Jack Clayton). Celle-ci en est une. Les options retenues dans le livret par Myfanwy Piper, faire chanter les fantômes de Peter Quint et de Miss Jessell, font perdre au récit de son ambiguïté, mais c'est bien la projection et le trouble de la gouvernante, son incapacité à accepter la corruption possible de l'enfance, qui restent au centre de l'opéra. Pas du tout le même orchestre que dans Peter Grimes: The Turn of the Screw est un opéra de chambre, remarquablement économe de ses effets, ce qui n'enlève rien à sa complexité harmonique bien entendu.
Britten a dirigé, comme souvent, ce qui reste la grande version de cet opéra:
Britten: The Turn of the Screw ou
Britten Operas /Vol.2. On peut également recommander la très bonne version de Steuart Bedford,
Britten : Le Tour d'écrou. Cependant, la version plus récente enregistrée par Daniel Harding en 2002 est très vite devenue une version de référence, à juste titre. Le disque est issu d'une série de représentations à Covent Garden, que j'ai pour ma part eu la chance de voir à Bobigny. Je ne le mentionnerais pas si cela n'expliquait pas la puissance d'incarnation des protagonistes. J'ai rarement vu, dans la mise en scène de Deborah Warner, des chanteurs-acteurs autant possédés par leur rôle. Joan Rodgers a sans doute quelques limites vocales, mais sa profondeur de caractérisation est sans égale, et dans la dernière scène elle était très littéralement hallucinée et défaite. Ian Bostridge a rarement été meilleur que dans ce rôle de ténor brittenien qui lui va à merveille. Ses mélismes dans la scène où il vient hanter Miles pendant la nuit sont fort réussis. Les petits chanteurs, malheureusement inférieurs vocalement ici à ceux que j'avais vus, étaient eux aussi impeccablement dirigés. Le garçon, chanté par Julian Leang dans le disque, n'atteint pas l'interprétation de David Hemmings dans l'enregistrement de Britten. Bref, quelles que soient les scories que l'on peut entendre dans le chant des uns et des autres - il y en a - le plateau a connu la scène avec une directrice d'acteurs d'exception, et cela se sent dans l'enregistrement. Il faut dire que même si les mérites de Daniel Harding ont pu être discutés - sa direction des opéras de Mozart ne fait par exemple pas l'unanimité, tant s'en faut - il est ici assez idéal, de même que le Mahler Chamber Orchestra.
Notons que s'il y a bien un petit fascicule pour présenter l'opéra, donner la distribution et indiquer les plages des CD, le livret dans son entier se trouve lui sur un CD à part. Les fanatiques de l'écran y trouveront sans doute leur compte. Quant à moi, je continue à préférer le papier, les petits livrets maniables avec photos - le report sur CD les a fait tout bonnement disparaître. Bref, cette modernisation - sans grand impact sur l'environnement, je le crains - ne me semble pas bien probante.
Ajoutons que le Festival de Glyndebourne a monté une belle production de cet opéra, qui a été capté en 2007 et édité en CD en 2011. Un petit cran en dessous de cette version peut-être, mais un nouvel apport plus qu'appréciable à la discographie :
Turn of the Screw (voir mon commentaire). La reprise de ce spectacle, musicalement encore plus réussie, a été filmée en 2011 et éditée en dvd et blu-ray à l'automne 2012 :
Le Tour d'écrou - Blu-ray. A préférer si l'on veut une version filmée de cet opéra, ou si l'on n'a rien contre en tout cas car il s'agit d'une des toutes meilleures versions disponibles.
Pour finir, je noterai que cet opéra est généralement le préféré des amis à qui j'ai fait découvrir plusieurs opéras de Britten. Sans doute en raison de sa perfection miniature, du fait qu'il est moins intimidant qu'un Peter Grimes ou qu'un Billy Budd. Je vous donne ce détail pour ce qu'il vaut. Quant à moi, j'aime à peu près tous les opéras de Britten, en particulier ce chef-d'oeuvre qu'est Peter Grimes...