Amazon.fr
Si l'on peut reprocher à Trent Reznor de n'être pas très productif, on ne pourra pas dire qu'il se moque de ses fans. Car même s'il met plusieurs années pour faire un album et qu'il décide, après son premier disque, de sortir un EP plutôt qu'un disque complet, il ne le fait pas à moitié. Huit morceaux sont présentés ici, dont deux placés en bonus cachés (plages 98 et 99), et pas des moindres.
Broken tient une place très importante dans la discographie de Nine Inch Nails. Il se place en rupture du premier album,
Pretty Hate Machine, remplaçant l'accompagnement presque uniquement électronique, par un déferlement de guitares électriques, sur fond de rythmes metal industriel, directement inspirés par les albums de Ministry de l'époque. Mais si la filiation est évidente, Trent Reznor n'oublie de marquer de son empreinte ce disque, bien au contraire.
Broken recèle de trésors, dévoilant une rage à peine contrôlée, mâtinée d'une forte mélancolie, frisant le désespoir. À travers des titres comme "Wish", "Gave Up", "Happiness In Slavery", le maître à penser de Nine Inch Nails expose ses angoisses, ses obsessions, et donne son avis sur une société moderne de plus en plus inhumaine. Un disque majeure de l'uvre de Trent Reznor, et de l'histoire du metal industriel.
--Romaric Bullier
Critique
La sortie de
Pretty Hate Machine a été suivie de tournées intensives qui ont beaucoup fait pour que le disque obtienne finalement un Disque de platine. C’est grâce à ces tournées – qui ont culminé avec les mémorables concerts dans le cadre du festival itinérant Lollapalooza, en 1991 – que Nine Inch Nails a gagné en popularité au début des années 90 et, surtout, que sa musique a gagné en radicalité.
Car c’est lors de ses tournées que le son qui définit
Broken a pris forme, voyant le groupe évoluer d’un rock synthétique entrelardé de guitares à un son metal plus poussé. N’en faisant qu’à sa tête, Trent Reznor ne compte pas donner, comme l’entend son label TVT une suite plus « grand public » à son premier album et collabore même, sous pseudo, à
Gub, album de Pigface (projet parallèle de Ministry), expérience dont il retire certainement quelques idées.
C’est donc en septembre 1992 que paraît
Broken, album clairement orienté metal et sur lequel il joue de tous les instruments (à l’exception de la batterie, laissée au fidèle Chris Vrenna, ainsi qu’à Martin Atkins sur
« Wish », ex-Public Image Ltd., croisé aussi chez Ministry et Pigface). Axé comme
Pretty Hate Machine sur des thématiques personnelles (autodestruction et haine de soi, solitude – ce que résume le titre d'un des morceaux : « Sauvez-moi, je suis en Enfer »…), l’album joue autant des
ambiances inquiétantes (l’intro
« Pinion » ou l’interlude
« Help Me I Am In Hell ») que de la décharge électrique proche parfois de la rage bruitiste de Big Black, ce qui rapproche par instants NIN de Ministry (
« Last », « Suck »...).
Encore une fois, la production est d’une minutie peu commune dans le monde du metal. Mais c’est précisément l’un des points forts de Nine Inch Nails que de ne rien faire de façon orthodoxe. Et c’est ainsi que Trent Reznor, de disque en disque défriche et ouvre de nouvelles possibilités au vaste genre, supposé dénué de finesse, qu’est le metal.
Outre le fascinant
« Wish », notons enfin l’étonnante reprise d’Adam & the Ants
« (You’re So) Physical », un des deux titres bonus de l’album (avec
« Suck », lesquels sont placés… en pistes 98 et 99) qui ferment ce mini-album captivant de bout en bout. Un incontournable du metal industriel.
Mikaël Faujour - Copyright 2012 Music Story