Dans l'un des bonus (tous très bien) qui accompagne le film, Nicolas Winding REFN, sorte de gamin surdoué ((40 ans tout de même!), nous parle, sans le moindre sourire, sans la moindre ironie, pendant 25 minutes, de ses problèmes et de sa relation avec Bronson. D'après ce qu'il nous raconte, il aurait de très graves difficultés, comme son héros, a accepter l'autorité d'autrui et ne supporterait pas qu'on lui donne des ordres. Il ajoute cependant que, maintenant qu'il est marié et père de famille, il doit se contrôler, et que le cinéma, dont il est boulimique, est son unique thérapie.
Habité par son génial interprète Tom Hardy, Bronson, quant à lui, déborde d'humour. Un humour féroce qu'il met en scène à la manière d'un one-man show, sorte d'opéra baroque avec musique de Verdi (Nabucco et La Force du destin) Wagner (Crépuscule des Dieux) mais aussi les Pet Shop Boys ("It's a sin"). Or, qu'est-ce que la vie de Bronson? 34 ans d'enfermement pour avoir commis un petit hold-up ridicule! Et c'est là que réside tout le paradoxe : à force d'entêtement et de mégalomanie ("Je veux être célèbre!") ce pauvre type s'est façonné un corps de lutteur qu'il offre comme un défi à ses geôliers et à l'administration pénitencière afin de s'infliger les pires douleurs qui le conduiront de prisons en asiles psychiatriques. Aujourd'hui, à 60 ans, il proclame son innocence puisqu'il n'a ni tué, ni violé...il s'est juste servi de ses poings pour casser la gueule à tous ceux qui lui déplaisaient.
REFN se ssrt du visage et du corps de Bronson comme d'une toile sur laquelle il jette ses couleurs, dans des portraits en actions toujours renouvelées. C'est beau, c'est choquant, c'est brutal. La dernière séquence nous offre un homme en cage, nu et dégoulinant de sang, qui gémit, comme une oeuvre de Francis Bacon.
PS. A voir absolument en VO avec sous-titres si l'on veut profiter pleinement de l'accent que s'est imposé Tom Hardy pour rendre justice à son rôle. Stupéfiant!