On a généralement tendance à mettre en avance le Live At Fillmore East et Eat A Peach, dès lors que l'on évoque la discographie d'Allman Brothers Band. Et on oublie qu'il y a eu un géantissime Brothers And Sisters, sorti en 1973 et premier album paru sans Duane Allman, et partiellement, sans Berry Oakley, mort dans les mêmes circonstances (accident de moto) que son pote, pendant les sessions d'enregistrement. La mort du cadet de la famille Allman donne l'occasion de sortir du chapeau un Richard Betts, considéré au sein des siens, comme meilleur guitariste que le défunt Duane. On flairait bien un talent mais jusqu'alors il avait étouffé dans l'aeuf pour les besoins de la cause. Dans Brothers And Sisters, Dickey Betts donne la pleine mesure de cet énorme potentiel, tant à l'écriture car il est l'auteur de la plupart des titres, qu'au chant où il est efficace et agréable, qu'à la guitare où il excelle. C'est son album et c'est lui qui en fait la force et la grande teneur. Son savoir-faire mélodique éclate au grand jour dans cet extraordinaire morceau au refrain accrocheur qu'est Ramblin' Man. Si Betts prend une envergure plus ample dans l'Allman Brothers Band, le petit nouveau Chuck Leavell aux claviers trouve bien vite ses marques et une complémentarité intéressante qui se ressent sur l'album. Ce Brothers And Sisters, qui flaire bon la communauté hippie (un poster de la famille Allman élargie aux oncles, cousins, cousines, tantes, descendants, chats, chiens... était proposé dans le package du LP), est d'une grande fluidité, dynamique, chaleureux dans ses sonorités, moderne (il n'a pas vieilli), bien maîtrisé sur le plan de la technique (merci Mr Sandlin). Aucun titre n'est à écarter. Le seul (et encore !) qui puisse paraître un peu vieillot, c'est la reprise de Trade Martin, Jelly Jelly. Mais un petit retour en arrière, pour ne pas oublier d'où l'on vient, n'est pas vain. Que ce soient les deux morceaux proposés par Gregg Allman, Wasted Words et Come And Go Blues, l'instrumental fantastique Jessica, qui fut l'indicatif d'une émission nocturne de Claude Villers sur France Inter, le blues acoustique enjoué Pony Boy ou le plus classique et vitaminé Southbound, tous contribuent à faire de Brothers And Sisters un excellentissime disque de blues rock bien percutant et très efficace. On voudrait que ça ne s'arrête jamais !