« Brothers » est une saga inoubliable qui traverse l'histoire de la Chine depuis l'avènement de la Révolution Culturelle en 1966 jusqu'à nos jours.
Grâce à une remarquable narration et un style dépouillé, on écoute comme un enfant attentif et émerveillé l'auteur nous raconter la fable cruelle d'une famille recomposée.
Nos deux héros, Li Guangtou le sale gosse et Song Gang le timide vont vivre une enfance marquée par la terreur, où les gardes rouges regroupent les propriétaires terriens et autres « ennemis du peuple » pour des séances de « lutte critique » au cours desquelles ils sont bastonnés sous les huées de la foule, coiffés d'un chapeau pointu et revêtus d'une pancarte énumérant leurs méfaits. Chaque bourreau devient à son tour une victime pour peu que les traces du passé soient dénoncées par « un ami du peuple ».
Une violence inouïe est décrite dans cette première partie du roman. Certains évènements sont insoutenables, comme le suicide d'un des personnages secondaires dans un entrepôt qui sert de prison, mais sans aucun artifice de style, avec le ton égal d'un chroniqueur qui ne fait qu'observer ses contemporains.
La 2e partie est consacrée à l'adolescence des deux « faux frères », vers la fin des années 70. Les masses révolutionnaires se battent entre elles. Débute alors la période de « réforme et d'ouverture » que Deng Xiaoping réussit à imposer aux derniers maoïstes encore au pouvoir. Touchés par l'amour, électrisés par l'espoir et frappés par le deuil, nos deux héros font le douloureux apprentissage d'un pays en marche vers la modernité.
Puis dans les années 90 vient la période du « Grand rush national vers les affaires », toujours sous l'impulsion de Deng Xiaoping qui dans ses discours incite la Chine à « oser faire un bond vers l'inconnu ». Le Grand concours des miss vierges offrira au pays un passeport définitif vers tous les excès de la société de consommation.
Ecrivain remarquable, conteur naturel, roman prolifique, personnages emblématiques ; les qualificatifs ne manquent pas pour caractériser ce long récit (1000 pages) qui berce notre imaginaire d'un balancement perpétuel.
LUDI