J'ai rencontré pour la première fois le nom du chef suisse Volkmar Andreae (1879-1962) en lisant un excellent connaisseur de l'interprétation de la musique d'Anton Bruckner (Jeffrey Lipscomb, qui écrit aujourd'hui pour le magazine Fanfare). Ensuite, la parution de ce cycle complet des neuf symphonies (augmenté du Te Deum) a été annoncée comme un événement.
Longtemps chef de l'orchestre de la Tonhalle de Zurich (1906-1949), Volkmar Andreae, a dirigé Honegger, Hindemith et Kodaly, et donné la première zurichoise du Chant de la Terre en 1920. Compositeur, il a vu son concerto pour violon créé par Adolf Busch. La notice très soignée de ce coffret nous apprend qu'en 1902, Andreae eut la révélation de la musique de Bruckner avec un concert de la 3e symphonie dirigé par Richard Strauss. Ce fut, à partir de là, la passion d'une vie.
Les neuf symphonies sont enregistrées pour la radio en 1953 avec le symphonique de Vienne : il ne s'agit donc pas de concerts à proprement parler et on n'a pas de toux caverneuses ni de bruits de salle. Autre bonne nouvelle, le symphonique de Vienne a rarement mieux joué (mieux qu'avec Scherchen dans ses Haydn par ex.), et la différence entre cet orchestre et le Philharmonique (que le chef a aussi fréquenté) est ici de degré (les cordes, tout de même moins amples et belles), plus que de nature.
Ce qu'on a pu appeler la dévotion de Volkmar Andreae à l'égard de Bruckner aboutit à l'opposé de ce qu'on aurait pu attendre (ou craindre) : le chef tutoie cette musique, y est comme un poisson dans l'eau. Avec une allégresse qui se traduit souvent par des tempi rapides, il rend justice à la hardiesse de ces oeuvres. Bruckner avait qualifié de « môme effrontée » la première symphonie : qui entend cette effronterie chez nos brucknériens au pas de sénateur? En outre, si Andreae est un brucknérien impétueux, ce n'est pas un chef brouillon : même en mono, on suit son travail exigeant sur les lignes musicales.
Il y a beaucoup à admirer dans ce coffret, comme une Quatrième pleine de feu (un premier mouvement proche de l'idéal), des Septième, Huitième et Neuvième où l'intérêt ne faiblit jamais, concentrées sur l'essentiel, simplement évidentes dans l'option qui est la leur et n'est pas (bien sûr) la seule qui vaille.
Si la question est, peut-on diriger le 3e mouvement de la 9e en moins de vingt minutes avec un résultat convaincant, la réponse est oui et c'est Andreae qui nous la donne.
La notice détaille la carrière du chef, et fait le point sur le choix des éditions utilisées.