La première intégrale des symphonies de Bruckner par Jochum est justement célèbre et n'a pas besoin d'être défendue. Je me contenterai donc de quelques comparaisons. Globalement elle est préférable à la deuxième, avec EMI et la Staatskapelle de Dresde, on l'a assez dit; malgré la différence d'âge de l'enregistrement, l'impression générale sonore est d'autre part beaucoup plus séduisante.
Ceci dit, c'est avec Dresde qu'il faut écouter la Première Symphonie (une véritable révélation) et, moins nettement, la Sixième, peut être la Cinquième (mais pour cette dernière, l'enregistrement Philips de 1964 règle la question). Pour la Neuvième ça peut se discuter. Mais pour la plupart des symphonies, les versions DG avec Berlin ou l'O.S.R.B. l'emportent sur celles avec Dresde, d'ailleurs affligées d'une sonorité métallique que l'enregistrement EMI aggrave probablement, même si l'on sait que cet orchestre n'a pas normalement la rondeur des deux autres.
Pour la Troisième, dans l'édition de 1889, je crois tout de même qu'il faut préférer Karl Böhm, sans doute le plus magistral si l'on ne tient pas compte des problèmes de versions du texte. On sait que pour la Huitième, Jochum lui-même avait réalisé l'idéal en 1949 avec un texte considéré généralement comme meilleur. Pour la Neuvième, son enregistrement précédent de 1954 est stylistiquement et qualitativement très proche du sommet absolu atteint par Furtwängler en 1944. Le style d'interprétation de Jochum a évolué dans un sens d'une plus grande objectivité exigée par l'époque, s'accompagnant d'ailleurs de tempi plus lents. D'autre part, le progrès des techniques d'enregistrement, DG est d'ailleurs digne d'éloges, rend ces versions des années soixante indispensables, même si Jochum lui-même avait fait mieux dans le passé.
Si l'on compare avec d'autres chefs, on remarque que Jochum modère encore le tempo dans les mouvements lents qui peuvent sembler interminables. Le paradoxe est qu'on s'ennuiera avec des chefs qui les prennent plus vite et pas avec Jochum.
Reste la concurrence avec Böhm (DG ou Audite notamment) pour la Septième. J'ai toujours été étonné de voir que la critique française (Tribune des Critiques de Disques de France-Musique) taxe Jochum de sensualité, alors qu'à mon sens il s'agit de chaleur, même si la sonorité qu'obtient Jochum avec Berlin est particulièrement caressante, profonde, satinée. Ici, j'ai toujours préféré Jochum à Böhm, beaucoup plus froid, même si les deux sont techniquement parfaits. Jochum est pour moi l'idéal dans cette symphonie.