Excellent enregistrement en concert pour une performance orchestrale qui laisse songeur, d'autant que depuis les années 1950 l'Orchestre symphonique de la Radiodiffusion bavaroise fait de l'ombre au Philharmonique de Munich. On découvre, dans une acoustique très présente et chaleureuse, une sonorité ronde, nourrie, et profonde dans la tradition germanique et assez opposée à l'esprit chambriste de l'OSRB. On découvre aussi des musiciens mobilisés à fond, attentifs à 100 %, dévoués corps et âme à leur chef, qui exerce un contrôle absolu de tout, tout le temps. Une direction lente, si l'on y tient, mais qui le paraît nettement moins que dans d'autres captations, car elle est compensée dans la perception par l'intensité du jeu et le soin apporté par le chef au mouvement, à la relance et à l'enchaînement. En outre, le tempo est juste suffisant pour la réalisation des nuances et des phrasés, qui serait impossible sans cela. Car Celibidache a pensé chaque détail, non de manière pointilliste, mais pour lui donner sa place exacte selon lui dans la hiérarchie de l'oeuvre. Les équilibres sont également d'une précision assez ahurissante. On sait à chaque instant où est l'élément principal et où est l'accompagnement. L'oeuvre est pensée en entier et en détail à un point tel, et cette pensée est traduite par les musiciens avec une fidélité telle qu'on a l'impression d'assister à la fusion entre l'oeuvre, le chef et l'orchestre. Résultat : si l'on compare cet enregistrement à d'autres de la 5° on pourra porter sa préférence ailleurs, mais si on l'écoute on ne peut qu'être emporté par sa cohérence et sa perfection qui l'affranchissent de toute contingence. Demeure la question de l'interprétation : cette approche inféodée à l'idée de perfection valorise l'harmonie et la providence divines, alors qu'on peut entendre, au moins à certains moments, souffrance, déréliction et tentation du mal dans cette 5°. Mais cette version est à connaître avant de porter un jugement.