Captée à Vienne en juin 1988, cette version de la IX° de Bruckner jouit plutôt d'une bonne réputation auprès des mélomanes et de la critique musicale qui savent en apprécier la temporalité langoureusement étirée sur plus de soixante huit minutes (!)
Hélas, malgré plusieurs écoutes, je n'ai jamais réussi à suivre -ni même trouver-, le fil conducteur de cette approche proposée par le chef italien.
Malgré un tempo alenti qui laissait augurer une subtile construction contrapuntique, le « Feierlich misterioso » m'apparaît tel un écheveau confus tendant à contrecarrer l'expansion d'un lyrisme spontané.
En écoutant ce pouls rythmique hibernatoire, parfois réveillé par des climax de cuivres qui ne sont pas les moins prosaïques que l'on souhaiterait, j'ai l'impression d'être face à une nature morte dont un conférencier indiquerait du doigt les effets qu'il faut en admirer.
L'architecture ne m'est guère apparente, délitée par des phrasés dont je ne perçois ni l'intention ni la nécessité.
Malgré un maillage périlleusement large, l'Adagio est déroulé avec un sostenuto plus nettement tramé. Les procédés d'accumulation de la tension (l'inexorable strate entre 16'10 et 18'50 par exemple) deviennent d'autant plus impressionnants, jusqu'à cet assourdissant crescendo qui culmine à 23'45.
Le scherzo, martelé avec fracas, nous avait opportunément préparé à ces convulsions sonores qui assaillent l'oreille.
La version que grava Leonard Bernstein deux ans plus tard avec la même Philharmonie me semble tellement plus expressive, malgré des options parfois déroutantes, que je ne m'explique guère pourquoi le présent témoignage enregistré par Carlo-Maria Giulini (que j'apprécie pourtant dans d'autres répertoires) résiste à me communiquer cette émotion sincère, cette magie crépusculaire ou cette tension narrative que j'admire avec d'autres chefs. Furtwängler, Walter et Jochum, respectivement.
Tandis que les perspectives tellement claires et cohérentes offertes par Jascha Horenstein ou Edouard Van Beinum proposent une vision homogène propre à recoudre le lien polyphonique de ces « divines longueurs » tissées par le Maître de Saint-Florian, qui se dispersent ici en errances insondables.