Au crépuscule, et au sommet, de la longue carrière du chef d'orchestre Günter Wand, RCA profite de ses invitations à la tête de l'Orchestre philharmonique de Berlin pour publier quelques enregistrements dont l'importance n'est peut-être pas encore perçue à sa juste hauteur. Après les Inachevée et Grande de Schubert, paraissent de Bruckner les symphonies n° 5, 4, 9, 7 et 8, cette dernière juste avant le décès du chef. Jochum (avec le Philharmonique de Berlin -DG, la Staatskapelle de Dresde - EMI, le Concertgebouw d'Amsterdam - Tahra) et Celibidache résistent, Furtwängler et Böhm avec le Philharmonique de Vienne encaissent, tout le reste prend un sérieux coup de vieux. L'immense corps de la 4°, qui peut si facilement devenir une carcasse inerte si la construction d'ensemble prend le pas sur le détail, ou dans le cas inverse une rhapsodie incohérente, prend vie miraculeusement. Souplesse et puissance, expressivité de l'instant, logique du tout et perfection esthétique de la réalisation sont maximisées. L'art d'enchaîner chaque instant à ses voisins est magistral, mettant parfaitement en valeur la construction typique de Bruckner, en vagues qui s'élèvent, redescendent et repartent. Peut-être plus que dans les autres disques de cette série, le geste musical est décrispé, libre, naturel au point de créer l'illusion d'une recréation spontanée, improvisée, comme si la 4° se composait en direct devant nos oreilles. Tout au long, les couleurs de l'orchestre sont d'une beauté transcendante et parfaitement adaptées à chaque moment. La coda du finale anticipe sur celle de la 8° comme chez peu d'autres chefs, avec une amplification visionnaire. Un fleuron de la discographie.