Je ne peux être totalement neutre à propos de cette interprétation car j'ai connu l'oeuvre par elle, dans les années soixante-dix. Le premier, le troisième et le quatrième mouvement de la 6° symphonie de Bruckner se caractérisent par la clarté et l'équilibre, l'impression que tous les aspects de la partition sont respectés, ce que la prise de son de 1964 ne trahit pas. On a l'impression que tout "tombe" comme ça doit tomber et les transitions sont particulièrement bien ménagées, chaque nouvelle idée musicale semblant découler logiquement des autres. Comme d'habitude avec le chef, on croirait que l'indication "sostenuto" est ajoutée aux autres. Les tempi sont relativement lents mais sans exagérer, ce qui fait qu'on ne s'en rend pas trop compte, à la différence de beaucoup d'enregistrements de la fin de la vie de Klemperer (1885-1973).
Le mouvement lent, paradoxalement, est pris dans un tempo très allant pour un adagio, il en résulte un certain déficit d'émotion, mais à vrai dire c'est moins gênant pour cette symphonie que ça pourrait l'être pour la suivante. Cependant, les contrastes de tempo entre les mouvements, essentiels chez Bruckner, peuvent sembler insuffisants, notamment avec le scherzo qui suit, marqué moderato. On sait que Klemperer avait horreur du sentimentalisme ce qui peut expliquer un refus de s'abandonner dans les mouvements lents, et cette rapidité relative se retrouve par exemple dans celui de la quatrième symphonie de Mahler. Il reste que, quand on compare cette interprétation à d'autres, il peut arriver qu'on préfère Klemperer dans les mouvements rapides mais pas dans l'adagio.
Le CD est complété par l'ouverture Iphigénie en Aulide de Gluck et celle de Hänsel und Gretel de Humperdinck, curieusement placées avant la symphonie. Les caractéristiques de l'art du vieux chef s'y retrouvent, ce qui convient assez bien pour Gluck. Pour Humperdinck, on souhaiterait au début un ton moins solennel et rigide, mais vers le milieu de l'ouverture, ce qui semblait étale s'anime, devient parfois dramatique, gagne en variété, enfin semble raconter une histoire, ceci dans un tempo modéré, mais sans excès.
On sait que la collection "Great Recordings of the Century" est en train d'être abandonnée par EMI. J'espère, pas pour moi, déjà équipé, mais pour les autres, que ce disque, nécessaire pour la discographie de la 6ème symphonie de Bruckner, sera maintenu au catalogue.