Regrets éternels pour la Sixième programmée à Berlin, qui devait s'ajouter aux n° 5, 4, 9, 7 et 8 publiées par RCA, cinq disques qui ont méchamment secoué la discographie brucknérienne, et qui aurait vraisemblablement remis quelques pendules à l'heure, mais empêchée par le décès de Wand. Cette symphonie est pourtant, plus que les autres, en besoin de chef et surtout d'orchestres de haut niveau. Le Chicago Symphony Orchestra n'y a connu que Barenboim et Solti, faux brucknériens, les Berliner Philharmoniker Barenboim et Karajan, dont il faut se méfier chez Bruckner, les Wiener Philharmoniker ne s'y sont aventurés qu'avec Stein (mais un concert avec Harnoncourt peut laisser espérer un disque). Restent donc :- Jochum, un peu expéditif dans ses deux intégrales avec le SOBR et la Staatskapelle de Dresde, mais excellent en concert à Amsterdam,- Klemperer, guère aidé par le Philharmonia, orchestre trop anglais pour être brucknérien,- Chailly et le Concertgebouworkest sur leur trente et un,- Celibidache avec les Münchner Philharmoniker, assez remarquables.On se tournera donc avec intérêt vers la dernière gravure de Wand, extraite d'une série d'enregistrements en public avec le NDRSO, dont il savait tirer le meilleur, immédiatement antérieure aux bandes berlinoises, et déjà témoignages d'une maturité hors du commun. On trouve cet art de déployer une oeuvre dans ses différentes dimensions, en particulier horizontale et verticale, sans qu'elles entrent en conflit (ce qui n'est pas la même chose que de prendre le chemin paresseux du "juste milieu"). Tout chante toujours, et avec lyrisme, et chaque chant est caractérisé, différencié. Malgré des cordes vite anéanties par les cuivres, les pupitres sont homogènes, évidemment, car Wand connaît son Bruckner, mais sans atteindre l'effet de masse typique de l'orchestre brucknérien et si étranger aux orchestres radiophoniques allemands (nostalgie de Berlin), mais le chef en profite pour mettre en valeur un nombre étonnant de détails noyés dans la plupart des autres versions, en particulier des rappels thématiques qui contribuent donc à unifier la symphonie. Wand ne cherche pas à la tirer vers l'esthétique plus héroïque des plus grandes symphonies de Bruckner, mais est attentif à lui donner son caractère et ses atmosphères propres. Tout compris, une version essentielle.