Après avoir fui l'Anschluss, l'Autrichien Georg Tintner fit une carrière de second plan dans le Commonwealth. Dans les années 1990, une certaine attention se porte sur lui grâce au label Naxos, qui constitue un large fonds discographique économique avec des artistes "abordables". Tintner est retenu pour les symphonies de Bruckner, et se fait remarquer, dans un créneau passablement encombré, par le choix d'éditions rares, grâce au boom musicologique brucknérien. Ainsi, il est le deuxième chef, après Eichhorn, à enregistrer la version originale de la 2° symphonie, établie sur le texte de 1872 par Carragan, successeur à Vienne du très controversé Leopold Nowak. Tous ceux selon qui les symphonies de Bruckner ne commenceraient qu'avec la 3°, voire la 4°, en sont pour leurs frais. Voici une deuxième plus longue que la 4° et la 7°, avec ses plus de 70 minutes ! Le scherzo est en deuxième position, et nous voici dans l'univers de la 8°. Dans la descente du mouvement lent, passé 3°, ce n'est plus une timide clarinette qu'on entend, mais un cor qui anticipe, lui, sur le quatuor de tubas ténors qui termine celui de la 7° ! Les 4 mouvements, enfin, sont tous autrement plus exploratoires que dans la révision ultérieure et plus connue, où Bruckner a sans doute cherché à faire rentrer son inspiration dans un cadre classique. Il n'est guère utile de commenter l'interprétation, puisque l'intérêt de ce disque tient avant tout au choix de l'édition, dans lequel il n'y a pratiquement pas de concurrence. L'orchestre n'est guère prestigieux, il est vrai, mais Tintner, attentif au détail, porte le projet à bout de bras et obtient une qualité factuelle irréprochable. Son approche est ample, visant à une majesté et à une noblesse de bon aloi. Pour les brcknériens ne connaissant que la version Haas ou Nowak de cette symphonie, une découverte qui s'impose.