C'est en 1973 que Decca enregistre à la Sofiensaal l'Orchestre philharmonique de Vienne dans la version la plus connue de la 4° symphonie de Bruckner sous la direction de Böhm. Böhm est à mon sens un immense brucknérien, en particulier dans la 8°, la plus grande et sublime symhonie du maître de Saint-Florian, mais dans la 4° j'avoue une préférence pour trois versions de Jochum (Berlin, Dresde, Amsterdam), une de Furtwängler (Vienne) et Wand (Berlin). Une sixième place, donc, mais honorable et qui n'ôte finalement rien au lustre de ce disque. Mais avouons que sa séduction est autant le fait du chef, apte, net et profond, que du preneur de son et du mixeur, qui construit une troisième dimension infinie (vous vous souvenez de la maison de Hunding transformée en Galerie des Glaces dans le Ring de Solti), avec des cuivres charnus, massifs, projetés en plein milieu de la pièce où vous écoutez le disque et à des kilomètres des cordes. C'est donc du grand spectacle autant que de la grande musique, et si c'est un attrait de ce disque, c'est aussi sa limite. Mais l'impression de relative superficialité a peu de chances d'apparaître avant la dixième écoute. C'est dire si cette demi-critique doit être relativisée. Trente ans et plus après son enregistrement, ce disque garde sa place, même si la déferlante discographique brucknérienne qui a eu lieu entre-temps a apporté des splendeurs parfois encore plus grandes.