Eugen Jochum fut sans doute le plus grand interprète de Bruckner au disque, laissant deux intégrales qui sont toujours des références incontournables, si ce n'est indépassables.
La première avec la Philarmonie de Berlin et l'orchestre de la Radio bavaroise, dans les années 1960 pour Deutsche Grammophon. Et la seconde avec la Staatskapelle de Dresde pour EMI.
Le présent album reprend la "Neuvième" de novembre 1954, gravée à la Herkulessaal de Munich avec l'orchestre de la Radio bavaroise, qu'il avait créé cinq ans plus tôt et dont il assurera la direction musicale jusqu'en 1960.
La concentration des pupitres est admirable, d'autant que la battue tumultueuse de Jochum exige une grande souplesse agogique tout au long du premier mouvement.
Sans parler du scherzo rétif et indomptable jusque dans son trio, qui appelle une comparaison avec la lecture forcenée de Oswald Kabasta.
L'adagio final révèle la cohésion sonore que le chef allemand parvient à obtenir de ses cordes, avec des cuivres qui viennent éclairer le discours sans s'y fondre.
Sous une baguette aussi nerveuse, cette approche très dramatique n'est plus un adieu au monde mais une invitation à célébrer la vie, malgré ses tourments.