Cette 8° a été accueillie très froidement en France. Elle mérite pourtant d'être connue. Certes, on n'y trouvera pas l'intensité spirituelle des plus grandes versions, et le sommet de l'Adagio, en particulier, paraîtra d'une perfection bien glacée. Mais Chailly impose une tenue orchestale et une beauté permanente qui montrent qu'il est des grands chefs de son temps. Si on ajoute les qualités propres de l'orchestre et la prise de son, on tient un des enregistrements de cette oeuvre les plus riches de plaisirs sonores. En outre Chailly, contre toute attente, apporte par endroits une authentique plus-value à travers des choix particulièrement judicieux. Un seul exemple, le plus probant peut-être : le rôle moteur, dans la coda du Finale, attribué aux timbales, jouées avec des baguettes produisant un son clair et dynamique. Quand ce disque a été enregistré, Chailly n'était pas encore arrivé au bout de son parcours dans la 8°, mais il avait posé toutes les bases d'une lecture personnelle et accomplie. Il ne lui reste plus qu'à l'habiter plus intensément.