Après avoir fui l'Anschluss, l'Autrichien Georg Tintner fit une carrière de second plan dans le Commonwealth. Dans les années 1990, une certaine attention se porte sur lui grâce au label Naxos, qui constitue un large fonds discographique économique avec des artistes "abordables". Tintner est retenu pour les symphonies de Bruckner, et se fait remarquer, dans un créneau passablement encombré, par le choix d'éditions rares, grâce au boom musicologique brucknérien. Il choisit par exemple la 1° version de la 3° symphonie, qu'il déploie sur près de 80 minutes. Les tempi sont retenus, certes, dans le cadre d'une interprétation sérieuse et majestueuse, mais le texte est de toute façon plus long, plus développé et exploratoire que dans les 2 rédactions suivantes, plus connues. Si les Furtwängler, Jochum, Böhm, Haitink ou Wand qui ont honoré Bruckner avaient joué cette version de la 3° symphonie, ce disque ne retiendrait peut-être pas notre attention. L'orchestre n'est guère prestigieux, il est vrai, mais Tintner, attentif au détail, porte le projet à bout de bras et obtient une qualité factuelle irréprochable. Et dans une discographie pour le moins clairsemée, ce CD économique s'impose comme une référence pour les vrais mélomanes brucknériens.