Que n'a-t-on pas dit sur le chef autrichien ? Quelle traversée du désert après sa mort. Je suis de ceux qui défende des réussites proches d'un idéal sonore et sensuel à défaut d'un intellectualisme musicologique dans Mozart, L'école de Vienne (1 coffret 4LPs dans les années 70, il fallait oser), Beethoven, Sibelius, Tchaikovsky et surtout Strauss ou Wagner.
Paradoxalement, rééditer cette intégrale ne participe guère à l'hommage justifié que la firme Dgg lui a consacré. Les réussites des cette édition seventies sont rares (la 3ème et la 5ème peut-être) ; l'orchestre gronde et tonne dans une conception déjà remise en cause à l'époque. La prise de son trop proche assourdit et masque tout le jeu des nuances à mettre en avant pour fluidifier la riche et complexe polyphonie propre à cette musique.
Pourtant, de manière isolée il y a eu de grands moments : Une mystique et quasi cosmique 9ème en 1966 (rééditée), et deux ultimes enregistrements des 7 et 8ème à Vienne également disponibles auraient constitué un testament beaucoup plus intéressant de l'art de Karajan face à Bruckner quand il ne "jouait pas la montre" à enregistrer ou réenregistrer plusieurs fois et au pas de charge des intégrales de manière quasi compulsive.
Les intégrales ou encore mieux des disques isolés portant enfin Bruckner au rang d'un symphoniste majeur du XIXème siècle sont fort nombreux désormais : Gunter Wand, Klemperer, Jochum, l'intégrale Tintner, ou encore l'idiomatique mais géniale quasi intégrale de Celibidache à Munich et bien d'autres encore (Boehm, Haitink (notamment à Vienne), Barenboim à chicago - à rééditer -, et même Herreweghe, Harnoncourt (discutable mais innovant), etc..
En résumé, je pense que si Dgg avait, à l'instar d'un double album consacré à Brahms, panacher en puisant dans les meilleures versions du patrimoine (7 et 8 à Vienne et la 9 de 1966) et en considérant que les 3 et 5 de l'édition présente sont de très haut niveau, j'aurais commenté de manière totalement différente et attribué 4*.
Cette liste sans doute incomplète montre à quel point cette réédition ne s'imposait peut-être pas sous cette forme ni pour redécouvrir l'immense chef, je maintiens, que fut Karajan, ni pour un regard exhaustif voire nouveau de l'univers de Bruckner, surtout...... à ce prix excessif !