Septième saison, troisième album... c'est avec une tristesse non feinte que nous nous apprêtons à quitter définitivement la Tueuse de Sunnydale. Saga fantastique parmi les plus passionnantes que le petit écran ait données,
Buffy contre les vampires aura su devenir une référence incontournable en s'appropriant les codes du genre, avec un mélange détonnant de sensibilité et de perversion, naviguant naturellement d'un degré, d'une lecture à l'autre sans jamais que cela paraisse forcé ou superficiel. Passion, humour, action, frisson, le tout agrémenté d'un romantisme mordant empreint d'une dérision qui sous le bestiaire laisse poindre une noirceur insolite. Et tant pis si l'ultime saison s'est révélée un brin décevante, perdant un peu de son anticonformisme déphasé. Le plaisir de retrouver, épisode après épisode, les états d'âme de la Tueuse de démons – qui était loin d'être une sainte – ne s'est jamais démenti.
Tombant pile poil pour célébrer les adieux de Buffy,
Radio Sunnydale regroupe, comme son titre l'indique, un florilège de titres plus ou moins entendus dans la série. Sans chercher l'inspiration foisonnante de
Once More Feeling, comédie musicale miniature aussi culottée que jouissive, cette compilation éclectique dispense malgré tout un plaisir indéniable, nous replongeant sans délai dans l'ambiance. On est loin des "compilations alibis" qui fleurissent sur le marché et se servent d'un film pour appâter le chaland : la légitimité et la réussite de
Radio Sunnydale se lit dans sa capacité à faire resurgir des images, des impressions, des émotions intimement liées à la saga. C'est envoûtant, saignant, renversant, ou tout simplement émouvant...
L'impeccable interprétation du thème désormais mythique des Nerf Herder par The Breeders annonce d'emblée que la couleur, et la reprise dans la version originale, jette un regard paradoxal sur l'album et la série : un peu de spleen, un rien de rage et beaucoup d'enthousiasme. Et puis, dans cet afflux stimulant de titres disparates concoctés par John King, illustrateur sonore de la série, il y a quelques moments de grâce (
Summerbreeze, et la voix enjôleuse d'Emiliana Torrini, déjà entendue dans
Les Deux tours) qui laissent transparaître l'intimité de la Tueuse rongée par sa mission.
Cerise sur le gâteau, cet album de l'adieu retient deux titres extraits de la musique originale. Un de Christophe Beck (
Dead Guys with Bombs), dont on attend avec impatience l'édition de son travail remarquable pour la série ; un autre de Rob Duncan qui, avec
The Final Fight, a eu la lourde tâche de baisser le rideau. Une conclusion de toute beauté.
--Jean-Christophe Arlon