Voici un grand film. Le prétexte est fondé sur la séquestration du leader démocrate chrétien italien, Aldo Moro par un commando des Brigades Rouges.
Bellocchio organise autour de ce thème un huis-clos bouleversant où s'affrontent les personnalités du prisonnier, les divers éléments du commando et une jeune femme, Chiara, merveilleusement interprétée par Maya Sansa.
Bellocchio fait découvrir, au-delà des discours stéréotypés d'une idéologie absurde, toute l'humanité des personnages.
Moro est un vieil homme qui entreprend, de façon forcée, une réflexion sur sa vie, ses engagements. Cette réflexion n'aboutira sur rien, puisque, de l'aveu de ses geôliers, la rédaction de ses courriers n'a d'autre fin que de lui faire tuer le temps avant son exécution, survenant après 55 jours de séquestration.
La prise de conscience de Chiara se fait au travers de regards, jetés à la dérobée, au travers d'un oeilleton de porte. Elle seule, parcourt cette voie du questionnement quant au bien-fondé de leur démarche.
Bellocchio nous offre une perspective sur les motivations de l'engagement politique extrême des brigadistes. Il utilise des images d'actualité de l'époque stalinienne, lorsque l'on croyait encore que le soleil allait se lever à l'Est. Le procédé est splendide.
Bellocchio délaisse une démarche de justification politique pour entrer de plain-pied dans une quête humaniste. Le choix des dernières images est un hommage à Moro et à la liberté.
Voici un film admirablement interprété et mis en scène. Le choix des musiques de Pink Floyd est parfait.
Les bonus montrent d'anciens brigadistes qui ne manifestent que bien peu de regrets quant aux atrocités commises. Une réflexion sur le fanatisme est ouverte, dénuée de toute illusion.