Oratorio "Les Israëlites dans le désert", 1768/69.
Carl Philipp Emmanuel, le fils de Jean-Sébastien, le successeur de Telemann dans les fonctions de directeur de la musique à Hambourg, a composé une oeuvre exceptionnelle par sa simplicité, d'une telle "économie de moyens" que, si on osait, on dirait que C.Ph.E. a fait de l'anti-Bach, ou qu'il est, comme Moïse, descendu de la Montagne pour se mêler au peuple, et parler son langage, après avoir longtemps parlé celui de Dieu. Mais cette oeuvre simple, d'une pureté quasi virginale, n'est jamais simpliste, son ton accessible n'est jamais racoleur, son langage s'est comme imprégné de son sujet, de l'immensité désertique, de ses horizons dépouillés, dépourvus d'espérance, tel l'esprit du peuple d'Israël, regrettant l'abondance de la terre d'Egypte.
L'enregistrement (le seul ?), datant de 1988, est d'une grande qualité. William Christie à la tête de la Corona et Capella Coloniensis, rend sans mièvrerie aucune l'âme de cette oeuvre d'un précurseur du "genre populaire", et parmi les solistes : Barbara Schlick, Lena Lootens, il faut remarquer le ténor Hein Meens, rôle de Aaron, à la voix très pure, et plus encore Stephen Varcoe, dans celui de Moïse, au timbre si reconnaissable, et dont le léger trémolo, bien contrôlé, sait si bien exprimer l'émotion.
Laissez-vous entrainer dans le désert, vous en reviendrez purifiés !