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5.0 étoiles sur 5
Jan Kounen au sommet de son art., 8 novembre 2010
En préambule, j'aimerai faire part de mon indignation, à propos du sort et de l'accueil qu'à hérité le nouveau film de Jan Kounen. Grosso modo, et sans évoquer le parti pris non conventionnel de l'oeuvre, il a le tord de passer peu de temps après le biopic d'Anne Fontaine sur Coco Chanel. En effet, il n'a pas bénéficié du même battage médiatique (soit ils n'en parlaient pas, soit ils disaient que c'était ennuyeux), puis les spectateurs n'avaient pas forcément envie de voir ou de revoir une oeuvre centrée sur cette icône de la mode française. Ce qui est somme toute assez normale, voire logique de ce côté là. En conséquence, énorme bide, Coco Chanel & Igor Stravinsky est sorti dans l'indifférence la plus totale. C'est regrettable puisque ce long métrage est très intéressant à bien des égards. Mais aussi et surtout, on tient là, l'oeuvre la plus réussie et maitrisée du réalisateur. Pour commencer, ça démarre tambour battant: au bout d'une poignée de minutes, le scandale arrive avec l'oeuvre d'Igor Stravinsky. Le Sacre du Printemps, qui avait créée la polémique (en raison de l'avant gardisme musical de Stravinsky apparié à la chorégraphie dynamique et moderne de Nijinski) lors de sa première représentation à Paris, le 29 mai 1913 au théâtre des Champs-Élysées. J'ai trouvé cette longue séquence de 15 minutes fabuleuse, un véritable tour de force de la part de Kounen. C'est même le meilleur passage du film. Tous comptes faits, c'est casse gueule de placer ce passage comme entrée en matière, puisqu'après ça on pourrait trouver le reste de l'histoire (d'amour) soporifique au fil des minutes. Et pourtant ça m'a fait l'effet "inverse", si je puis dire, de suite j'ai été capté par ce que j'ai vu et je n'ai plus décroché jusqu'à la fin du métrage. Pour ma part, très bon point d'avoir débuter par ça, il ne s'est pas loupé. Pour en revenir à ladite séquence, c'est filmé comme un morceau de bravoure, à l'instar d'une grosse scène d'action, pour schématiser. Enfin je l'ai perçu comme tel, tant le travail sur la coordination des troupes et la mise en image paraissent si complexes, puisqu'il fallait gérer beaucoup de choses sur un même plan. Au niveau de la scène où se déroule le spectacle de danse effectué par les Ballets russes, ensuite juste en dessous se tient l'orchestre et enfin un peu plus loin le parterre consacré au public virulent, où ça vire presque à l'émeute. Je n'ai pas inclus les balcons ou les loges car je ne me souviens plus si les différents mouvements de caméra permettent de les apercevoir. Bref, tout ça pour dire que c'est excessivement bien réalisé et que ça met dans le bain ! Par la suite, le long métrage est beaucoup plus calme: tout d'abord il y a l'utilisation d'une énorme ellipse avec un saut dans le temps (7 années plus tard), date de la véritable rencontre entre les deux créateurs. C'est à ce moment là que Coco Chanel propose au compositeur russe de l'héberger (lui et sa famille) dans sa villa à Garches. Chose qu'il accepte puisqu'il était justement à la recherche d'un endroit propice à sa création. Et de fil en aiguille la passion s'installe au sein de cette demeure, il se construit une relation adultère, on ne sait pas vraiment si des sentiments sont en jeu là dedans (la fin du film abonde dans ce sens). Car le cinéaste montre qu'il n'y a presque pas de communication entre eux, pas d'attachement notoire, ils sont plutôt distants (à l'image de la couturière qui est glaciale et austère) et ce dans n'importe quelle situation. Puis on y voit surtout un rapport de force entre les deux personnalités. Et on nous donne une vague idée du processus créatif, chez les artistes. On a beau dire ce que l'ont veut, le facteur "émotion" pèse beaucoup au final. Bref, on est très loin de la bluette sans équivoque. Autre chose, j'ai beaucoup aimé la prestation des acteurs, bien évidemment Mads Mikkelsen, ce type peut tout jouer avec classe c'est indéniable. Mais aussi Anna Mouglalis, d'ailleurs j'ai été surpris de lire des commentaires négatifs à l'égard de sa prestation. Je trouve, au contraire, qu'elle incarne à merveille le personnage, elle impose de suite le respect, elle a le charisme nécessaire, un physique et une voix à tomber. Que dire de plus, il y a quelques menus défauts, des bribes de scènes qui passent un peu à côté du sujet, mais rien de bien méchant. Avec cette commande, Jan Kounen y trouve probablement son film le plus sobre, abouti et classe de sa filmographie.
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6 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
La création et la passion amoureuse...possible rencontre ?, 12 décembre 2010
Le film s'ouvre par la création du Sacre du Printemps à Paris. Une première qui restera dans les mémoires... Le public jugea la musique sauvage. Quant à la chorégraphie faite des corps désarticulés, elle augmentait encore le côté terrifiant de la partition. Les gens en viendront même aux mains durant la représentation. Il faut dire que cette oeuvre était en avance sur son temps : le rythme l'emportant sur la mélodie et l'harmonie : trop révolutionnaire. Et pourtant, quelle musique ! Quelques années plus tard, Coco Chanel (Anna Mouglalis) va inviter Igor Stravinsky (Mads Mikkelsen) à s'installer avec sa famille dans sa propriété pour pouvoir y composer dans de bonnes conditions. La propriété en question offrant de la place à chacun et même une pièce avec un piano, spécialement réservée au compositeur. Entre Coco et Igor, une attirance va naître... La suite à l'écran. La longue scène initiale est d'une qualité remarquable. L'ambiance si explosive de ce concert est parfaitement rendue. On suit tous les moments de cette soirée par la musique, par les réactions du public, et également en passant des musiciens au compositeur. Quel rythme, quelle vie ! Le reste du film est beaucoup plus lent. Les repas, les épisodes de travail du compositeur, la vie dans la propriété et à l'atelier de Coco, les promenades,... se suivent découpant l'action en de multiples épisodes. Par contre, les éclairages remarquables donnent une consistance réelle aux décors et aux endroits. Côté musique, le nom de Gabriel Yared est, dans la plupart des cas, synonyme de qualité. Ici également, mais curieusement la musique se mêle au texte, et reste un élément constitutif discret de l'ensemble. Les épisodes classiques ont par contre un autre présence. Quant aux acteurs, ils sont impeccables dans leur rôle respectif. Anna Mouglalis en femme forte et distante à la fois qui porte sur elle le deuil de son amour perdu, frappe par son côté intransigeant et généreux. Elle donne l'image d'une personne ne s'encombrant pas de scrupules. Une forte personnalité - et quelle voix !- fragilisée par son attirance naissante pour le musicien. Mads Mikkelsen doit, de son côté, composer avec plusieurs aspects : le musicien en proie aux questions, le mari d'une femme souffrante, le père aimant et... l'homme. Tous ces aspects des deux personnages vont un peu enliser le récit. On a même parfois l'impression de voir "l'intérieur", un peu comme si on suivait les combats et la souffrance des personnages, ce qui est une prouesse d'acteur. Mais au total, cela manque de vie, du moins est-ce mon ressenti. J'ai surtout eu l'impression d'assister à l'incompréhension mutuelle (ou à la difficulté de se comprendre) des deux personnages principaux. Et là, la boucle est faite, chacun devenant le spectateur de l'autre, un spectateur comme ceux du début du film et qui comprendra peut-être demain, ou trop tard, la valeur de ce qu'il vit aujourd'hui.
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4.0 étoiles sur 5
Brillante reconstitution de la création du Sacre sur fond de liaison amoureuse, 9 janvier 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : COCO CHANEL ET IGOR STRAVINSKY DVD( (DVD)
Les qualités cachées (et bien cachées) de Dobermann le premier "succès" de Kounen, se retrouvent dans ce nouveau film et c'est tant mieux. Car après ce film plutôt brouillon où la violence et la méchanceté sont les pivots de l'action, Kounen nous a montré un Blueberry plutôt vaporeux et perdu dans les volutes de drogues plus ou moins planantes. Avec Coco et igor, Voila enfin un film intéressant. L'intrigue déjà est autrement plus passionnante, la liaison torride entre deux personnalités hors du commun, la styliste et moderne Coco Chanel et le compositeur Igor Stravinsky persuadé de son génie. Les rapports étranges et remplis d'admiration mutuelle qui animent nos héros les amènent à ne pas se comprendre ou à ne voir dans l'autre que leurs propres défauts. La belle Anna Mouglalis est parfaite avec une classe, une élégance qui aurait plut à Chanel, Mads Mikkelsen ( Le Chiffre) quant à lui apporte une plausible apparence à un Stravinski passionné d'une musique décidément trop en avance sur son temps. Reste la musique, élément central du film, quel plaisir de voir cette première scène absolument grandiose, celle de la création du Sacre du Printemps ,véritable film dans le film, qui reste un grand moment de cinéma. Voila une magnifique reconstitution qui est une impartiale description de ce scandale qu'a suscité la première au Théâtre des Champs Elysées. Il faut dire que la musique, comme la Chorégraphie, étaient résolument novatrices. De Stravinsky hélas nous n'entendrons tout au long du film que cette partition et c'est d'autant plus regrettable que dans la grande et riche production du compositeur, le réalisateur n'en ait pas plus fait appel. Reste une belle séquence de spectacle de dance, Piétragalla a d'ailleurs repris a son compte la chorégraphie de Nijinsky qui date un peu, alors que Preljocaj en a fait une chorégraphie splendide, à voir et à revoir. Des qualités narratrices indéniables donc même si la passion amoureuse entre les deux artistes ne semble pas assez approfondie et l'agréable surprise de voir Yan Kounen murir pour nous donner des films de plus en plus aboutis. Vive Stravinsky !
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