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5.0 étoiles sur 5
Faudrait pas jeter le bébé avec l'eau du bain..., 2 novembre 2004
Phil Collins partage avec Elton John le titre d'artiste rock à-la-carrière-exceptionnelle-mais-le-plus-méprisé-par-la-critique. L'un comme l'autre sont petits et chauves - la moumoute de l'autre ne leurrant personne-, ont vendu des millions de disques, et surtout, surtout, après avoir été admirés et respectés dans un premier temps de leur carrière, ils se sont vus rejetés et haïs par les critiques rock. Au point que leurs opus ont été sciemment ignorés dans toutes ces-listes-des-albums-qui-ont-marqué-l'histoire-du-rock, tous les journaux de la presse rock y étant allés de leur petit palmarès à l'occasion de ce début de millénaire. En toute objectivité, c'est parfaitement injuste. Mais les critiques rock ont la mémoire courte. Certes, on peut reprocher à l'un comme à l'autre d'avoir eu une présence envahissante dans les tops 50. Certains les accusent même d'être des artistes de variétés pour ménagère de moins de 50 ans : c'est toujours un peu facile de mépriser le goût du grand public, et c'est un travers régulier des critiques de fusiller un artiste simplement parce qu'il est populaire : cela leur permet, à peu de frais, de se prendre pour une élite. Or rock, pop, variété, tout ça, c'est de la chanson après tout. Et ce qu'on demande à une chanson, c'est d'être bonne, non ? Alors oui, je dois admettre que les derniers opus de Collins me laissent de marbre (après But seriously, son dernier bon disque), je trouve qu'il ne se renouvelle pas, ses compos laissent à désirer et sa production, qui n'a plus la sincérité et la spontaneité des premiers albums, a tendance à glisser sur des terrains sirupeux. Quand à Elton John, cela fait longtemps que je trouve sa musique fade et inaudible, comme s'il avait épuisé son talent. Mais fut un temps où ces deux artistes nous ont offert de très grandes choses et faudrait pas l'oublier. Alors, malgré ses défauts, Phil Collins mérite le respect : pour sa carrière au sein de Genesis, pour sa longévité, pour ses talents de chanteur, de musicien, pour le batteur- un des plus grands du rock, et pour cet album -encensé et acclamé lors de sa sortie - quand je vous dis que les critiques ont la mémoire courte. Au fait, l'homme compte parmi ses meilleurs amis Robert Plant et Eric Clapton -et jouent régulièrement avec eux : les critiques savent-ils mieux que ces deux-là ce que doit ou ne doit pas être le rock ?
Et en ce qui concerne cet album, c'est son premier en solo et cela reste son chef d'oeuvre. Que des bonnes chansons avec des musiciens hors pairs : les cuivres d'EWF, Eric Clapton, Daryl Stuermer, Alphonso Johnson, et même Shankar. Plus de 20 ans après, le son n'a pas vieilli et reste intemporel : des ballades acoustiques alternent avec des morceaux rythmés aux arrangements enlevés. Ce qui frappe, c'est la spontaneité de l'album : la production est simple et pas tapageuse. Cet album est un album de musicien, ravi de s'entourer des meilleurs, et qui n'en a rien à faire du Top 50. Collins, qui était à mille lieues de penser qu'il ferait un tel tabac, s'est fait plaisir et a mis toutes ses influences dans ce disque : Beatles, R&B, blues, jazz-rock, Weather Report. Difficile d'imaginer un album sortir aujourd'hui en étant un tel patchwork. Pourtant l'album est parfaitement cohérent, et pour une première expérience solo Collins tient les rênes de la réalisation avec beaucoup d'autorité, probablement parce qu'en tant que batteur, c'est un musicien accompli, sûr de lui et de sa culture musicale, et qu'il a forcé le respect des autres musiciens conviés aux sessions. Et contrairement au premier album de Peter Gabriel qui comportait beaucoup de maladresses, la rupture avec l'univers musical de Genesis est ici complétement naturelle et évidente... même dans la reprise très swing de Behind the lines.
Et puis, il est difficile de parler de cet album sans mentionner In the air tonight, ce chef d'oeuvre, le genre de trouvaille sonore dont seuls les anglais sont capables. Qu'on aime ou pas Collins, on ne peut nier l'influence énorme de ce titre au son si particulier : un des premiers morceaux à utiliser une boîte à rythmes, une Roland en l'occurence, et où la batterie n'est non pas un soutien rythmique mais un instrument véritablement orchestré. L'ambiance et le son de Collins sur ce morceau en ont fait un des plus samplés de l'histoire du rock. Aujourd'hui encore, la pureté de cet arrangement minimaliste et mystérieux, l'étrange mélancolie qui s'en dégage fascinent toujours autant. Collins avoue lui-même que ce morceau l'a complétement dépassé, générant même des légendes urbaines (une rumeur a circulé pendant longtemps que Collins aurait écrit cette chanson pour hanter quelqu'un de sa connaissance, assassin impuni qui aurait noyé une jeune femme).
Tout ça pour dire qu'il est peut-être temps de reconsidérer cet album comme un des sommets de cette époque, et d'admettre que le temps n'a pas de prise sur lui. Enfin, je parle pour la critique, car côté reconnaissance du public, il n'a besoin de personne...
Petit bonus amusant, si vous faites partie de ceux qui écoutent attentivement un disque, tendez l'oreille : à la fin du fading de Tomorrow never knwows, dernier titre de l'album, vous entendrez dans le lointain Collins fredonner Somewhere over the rainbow à capella... A quand une sortie SACD ou dvd-audio en 5.1 ?
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