undrgrnd Cliquez ici Toys NEWNEEEW nav-sa-clothing-shoes Cloud Drive Photos FIFA16 cliquez_ici Rentrée scolaire Shop Fire HD 6 Shop Kindle Paperwhite cliquez_ici Jeux Vidéo
 

Caetano Veloso


Top albums (Voir les 154)


Voir les 154 albums de Caetano Veloso

Caetano Veloso : top des titres
Trier par:
Meilleures ventes
1-10 of 897
Titre Album  
30
30
30
30
30
30
30
30
30
30
Votre compte Amazon Music n'est actuellement associé à aucun pays. Pour profiter de la musique Premium, allez sur votre Bibliothèque musicale et transférez votre compte à Amazon.fr (FR).
  

Image de Caetano Veloso

Biographie

Des sept enfants de José Telles Seu Zezinho Veloso (commis au département Courrier ... Lire la suite

Des sept enfants de José Telles Seu Zezinho Veloso (commis au département Courrier & Télégraphe de la ville) et de Dona Cano Claudionor Vianna Telles Veloso, c'est la petite soeur (sixième enfant de la famille) qui connaît en premier une gloire de chanteuse populaire (dès les années 60), sous le nom de Maria Bethânia (d'après le titre d'une chanson de Nelson Gonçalves, immense crooner de l'époque). Mais son aîné de quelques mois (et cinquième enfant de la famille) la rattrape bien vite !

Caetano Emanuel Viala Telles Veloso est né le 7 août 1942 à Santo Amaro da Purificação, petite cité de l'état de Bahia, proche de Salvador. Bahianais, il l'est intimement grâce à la riche tradition musicale de la région. Dans le poste de radio, les chansons de Luiz Gonsaga. Dans le salon, un méchant piano, et un petit garçon, tout aussi fasciné par la musique que par la peinture ou le dessin. En 1952, Veloso enregistre un disque à usage familial, reprises de succès de l'époque : il y est accompagné au piano par sa soeur Nicinha.

Mais la spécificité des influences de Veloso ne tient pas uniquement aux airs entendus à la radio. Elle provient également de la rémanence absolue de toute la musique caribéenne - donc de l'Afrique - et de l'impérialisme américain et de son rock'n'roll, puis de sa pop music galopante, auxquels il convient d'ajouter l'empereur absolu de la chanson brésilienne des années 50 que fut João Gilberto. Plus encore qu'une vedette incommensurable, ce dernier avait fixé, en compagnie de compères comme Vinicius de Moraes ou Antonio Carlos Jobim, les bases de ce qui allait constituer la déferlante de la bossa nova de par le monde. Par ailleurs, Gilberto affirmera lui-même plus tard au sujet de Veloso qu'il a ajouté une dimension intellectuelle à la musique populaire brésilienne. En 1961 toutefois, le jeune homme se montre tout aussi intéressé par le cinéma que la chanson, écrivant des critiques de films dans des publications scolaires, et particulièrement fasciné par le Cinema Novo, et son chef de file le metteur en scène Glauber Rocha.

Premiers chants, premiers silences

Après s'être produit dans les bars de Salvador (où il vit désormais) en compagnie de sa soeur Maria, le Bahianais fait ses vrais débuts dans la chanson à l'âge de 23 ans : lauréat d'un concours de composition, il signe son premier contrat pour la firme Philips. Ces multiples collaborations (avec Gilberto Gil, le mythique groupe Os Mutantes, Chico Buarque, ou Gal Costa) installent durablement son nom dans la cohorte des jeunes chanteurs en devenir. Mieux encore, sa fascination pour les Beatles, et toute une frange de la pop sophistiquée anglo-saxonne, lui permet de théoriser avec ses amis ce qui constituera la ligne-force de la nouvelle musique brésilienne : le tropicalisme. Cette habile synthèse entre les dissonances du jazz, l'acidité des guitares électriques du rock, le raffinement de la bossa nova, et des textes en prise directe avec les préoccupations de l'époque, provoquera l'émergence d'une expression artistique ambitieuse, et versatile.

Certes, Veloso et ses compagnons d'aventure musicale sont bien loin de faire l'unanimité dans le (vaste) monde de la chanson brésilienne, à la fois par leurs prises de positions politiques radicales, à la fois par leur goût pour l'éclectisme. Toute cette génération provoquera une levée de boucliers, comparable, toutes proportions gardées, à celle conséquente du passage à l'électricité de Bob Dylan, traître selon les gardiens du temple, à la tradition et à l'orthodoxie du folk américain. Toutefois, il est appelé en 1963 à composer pour le cinéma (O Boca de Ouro, de Nelson Rodrigues), ou le théâtre (L'exception et la règle, de Bertolt Brecht) : là se forge sa destinée de compositeur. En 1965, rencontre insigne, il croise João Gilberto, qu'il considère donc comme le chanteur le plus important de l'histoire de la chanson brésilienne, et débute des shows télévisés. Son premier 45-tours (« Cavaleiro ») est édité la même année, parallèlement à un disque de Maria Bethânia, qui installe durablement Veloso dans le coeur des brésiliens. En 1967 sort un premier album partagé avec Gal Costa (Domingo), fortement marqué de l'influence de la bossa nova. Le 21 novembre de la même année, il se marie scandaleusement (la jeune épousée portant une mini-jupe). Janvier 1968 voit la sortie de son premier album en propre (sobrement intitulé... Caetano Veloso) : gorgé de futurs standards, le disque pose les bases du renouveau de la chanson brésilienne.

Malheureusement, le contexte politique du pays (en l'occurrence, une dictature militaire qui sévira plus de vingt ans) ne préfigure pas vraiment la moindre ouverture d'esprit. Les maîtres du pays (ils le resteront jusqu'en 1985), usent donc des procédés habituels en la matière : interdiction d'antenne, que ce soit à la radio ou à la télévision, contrôle permanent du travail des auteurs, compositeurs et interprètes, arrestations musclées, enlèvements, et, hélas ! assassinats. Caetano Veloso et son ami Gilberto Gil sont les cibles favorites des militaires. Le 27 décembre 1968, en application de la loi d'exception, et de l'acte institutionnel Numéro 5 - instituant la dictature militaire, et limitant la liberté d'expression artistique - ils sont incarcérés quelques semaines pour insulte à la patrie (et irrespect du drapeau et de l'hymne nationaux) dans les quartiers généraux de l'armée, et on leur rase la tête. Ils se retrouvent ensuite plusieurs mois assignés à résidence. Comble de l'ironie, Veloso est également mis à l'écart par la gauche socialiste brésilienne, en conséquence de son goût immodéré pour le rock, et d'autres musiques non-brésiliennes. 1969 voit une nouvelle et spectaculaire arrestation, qui contraint les deux compères à la seule issue envisageable : l'exil.

Premiers silences, premiers départs

En 1969, Veloso s'installe à Londres (Chelsea) avec femme et ami. L'album Caetano Veloso, qui sort simultanément, est le seul de sa carrière à ne pas laisser figurer une photo du chanteur : impossible avec une tête rasée... Certes, il poursuit son parcours, certes, il enregistre régulièrement des albums destinés au marché international, certes sa vie en Grande-Bretagne lui permet d'être en prise directe avec toutes les facettes de la musique mondiale. Mais la situation politique brésilienne ne l'autorisera, jusqu'en 1972, qu'à de brefs séjours dans son pays d'origine. Le plus remarquable de cette situation douloureuse, reste que le chanteur saura magnifiquement mettre à profit l'ensemble de ces contraintes.

Travailleur acharné, chanteur infatigable, producteur insatiable, Veloso donne des concerts, se produit de par le monde, devient une star en Europe (plus particulièrement en France, et, démarche facilitée par l'usage de la langue, au Portugal), en Afrique, jusqu'en Israël, et ajoute une corde à l'arc de son talent, en devenant romancier au milieu des années 70. Il compose pour Roberto Carlos, Elis Regina, ou sa soeur, des chansons empreintes de la tristesse de la séparation. Il édite des plaquettes de poésie, et publie une décennie de paroles de chansons. Fidèle à ses racines, il compose chaque année une samba pour le carnaval de sa ville. Fidèle à ses premières amours, il prénomme l'un de ses enfants Tom, d'après le plus élégant compositeur de la musique brésilienne, Tom Jobim.

En 1971, alors qu'il bénéficie d'une autorisation de séjour d'un mois afin d'assister au quarantième anniversaire de mariage de ses parents, il est kidnappé - ou à peu près - par l'armée brésilienne, qui l'oblige à composer une chanson à la gloire de la Transamazonienne, autoroute alors en construction. En 1972, Jorge Ben (autre immense nom de la chanson brésilienne) a la joie de composer une chanson célébrant le retour de Veloso, finalement autorisé à retrouver son pays. De personnage considéré dans le monde de la nouvelle chanson brésilienne, il est devenu une icône absolue, tant dans son pays que sur toute la planète : les militaires ont perdu.

Premiers départs, premiers triomphes

Artistiquement, le Brésilien se nourrit, non seulement d'influences internationales, mais également de racines ancestrales, de rythmes et mélodies brésiliennes presque oubliés. Tout cela, ainsi que la marque, déterminante, de la musique bahianaise, concourt à faire du chanteur un chantre d'un afro-centrisme naissant.

Dès 1973, il prend le pari de l'expérimentation, tournant le dos à l'inspiration purement commerciale. De plus, et sans renier son combat d'un iota, Caetano Veloso est dans les années 80 devenu membre actif de la jet-set internationale. Mick Jagger lui accorde une interview pour le compte de la télévision brésilienne. Il donne trois concerts successifs à New York, malgré la difficulté dans laquelle se trouvent ses fans américains de dénicher ses albums sur le marché national. L'attitude de Veloso par rapport au plus puissant pays du monde (et à son économie) a par ailleurs été toujours empreinte d'une grande dignité : lorsqu'il a enregistré en langue anglaise, cela s'inscrivait dans un contexte de création artistique, pas dans une phase de conquête de marché. Lorsqu'il a fréquenté Ryuichi Sakamoto, Arto Lindsay (l'Américano-brésilien du Lower East Side ira jusqu'à le produire), ou David Byrne (Talking Heads), ce n'était que la conséquence d'affinités musicales, pas d'un goût du paraître.

En 1974, il décide de consacrer une plus grande part de sa vie à l'activité de producteur, offrant à Gal Costa Cantar, un album risqué, aventureux et radical. En 1975, son album Jóia, laissant figurer sur la pochette un dessin représentant l'artiste, sa femme et son bébé, nus, fait scandale et est censuré. En 1976, alors que son ami Gilberto Gil est arrêté pour possession de drogue, Veloso affirme publiquement ne pas être accro. En 1978, il donne plusieurs concerts européens en compagnie de Gal Costa, à Paris, Rome ou Milan. En 1979, il perd malheureusement un enfant en bas âge. En 1981, Outras Palavras, avec plus de 100 000 copies vendues, est le premier disque d'or du chanteur : il réalise le même exploit l'année suivante, avec l'album Cores, Nomes. 1986 voit simultanément le divorce du chanteur, le tournage en trois semaines (la production est désargentée) de son premier long métrage, O Cinema Falado, qui recueillera à la fois louanges et violentes critiques, et la sortie de Totalmente Demais, premier disque de platine (250 000 exemplaires vendus) de sa carrière.

Premiers triomphes, premiers pas vers l'immortalité

En 1989, à l'âge où beaucoup songent à une retraite méritée, Veloso ne diminue pas d'activité, bien au contraire : Estrangeiro est son premier disque directement disponible sur le marché américain. 1990 reste néanmoins une année noire, avec un attentat à la bombe dont est victime le chanteur, après ses violentes critiques du maire de Salvador, et le décès du fils de son frère en musique, Gilberto Gil. 1991 célèbre ses talents d'écrivain, grâce à un très long article publié par le New York Times (plus tard publié en livre), consacré à la chanteuse Carmen Miranda. La même année, le président Collor de Melo écrit à Veloso, proposant une rencontre. Ce dernier, qui a soutenu la candidature de Lula da Silva en 1990, ne répond pas ! En 1992, alors qu'il est père pour la deuxième fois, le chanteur nomme publiquement celui qui l'avait dénoncé, ainsi que Gilberto Gil, aux autorités militaires, il y a près de trente ans.

Tropicàlia 2 (1993) lui permet de retrouver cet éternel compagnon, Gil, et d'être classé dans les meilleures ventes américaines d'albums. En 1994, il enregistre son premier album entièrement interprété en espagnol (Fina Estampa). Le 31 décembre 1995, le plus grand concert jamais organisé sur la plage de Copacabana, réunit Caetano Veloso, Milton Nascimento, Chico Buarque et d'autres, en un hommage à Antonio Carlos Jobim. Il chante Dylan (Jokerman) et... Michael Jackson (Black and White), et organise, en 1997, sa plus importante tournée américaine.

Il rédige son autobiographie (Verdade Tropical), évocation des années 60 brésiliennes, et, plus particulièrement, de ses années d'enfance et d'adolescence. Il remporte en 1998, et grâce à son album Livro, un Grammy (trophée du meilleur album du marché américain). Il consacre en 1999 un album entier à un hommage au cinéaste Federico Fellini et à sa compagne Giuletta Masina, et, à la demande de Madalena, soeur du metteur en scène, donne un concert exceptionnel à proximité de Rimini, ville natale de Fellini. Il apparaît également en 2002 sur la bande originale du film de Julie Taymor Frida (le duo avec Lila Downs « Burn It Blue »), consacrée à la peintre mexicaine Frida Kahlo.

En 2004, alors que les Etats-Unis sont au ban d'une certaine bonne conscience planétaire, Veloso enregistre A Foreign Sound, où il reprend, en anglais dans le texte, des oeuvres de Cole Porter, Nat King Cole, ou... Nirvana. Il donne régulièrement des concerts brésiliens devant plus de 50 000 personnes. Ses derniers enregistrements en date démontrent une passion restée intacte pour le rock. En 2006, il initie une trilogie avec le groupe rock brésilien Cê. Les albums Cê, Zii e Zie (2008), et Abraçaço (2012) sont tous trois l'oeuvre d'un éternel adolescent de soixante-dix ans.

On ne peut évoquer cet artiste en ne parlant uniquement que de chanson : il est également un créateur dans toute la force du terme, et un citoyen. En plus de quarante années de carrière, il aura chanté aux côtés de Chico Buarque et Gal Costa, revisité Jimi Hendrix et les Beatles, aidé à l'éclosion d'un Carlinhos Brown. Et, que ce soit en collaboration avec le poète Jorge Mautner, dans ses hommages à Bahia (album Noites do Norte, en 2000) ou dans un travail commun avec son fils Moreno, Caetano Veloso reste, non seulement à l'échelle de la musique brésilienne, mais bien de la chanson du monde, l'un des plus riches, prolixes, et protéiformes talents de notre univers. Et, tout simplement, immense. Copyright 2014 Music Story Christian Larrède

Des sept enfants de José Telles Seu Zezinho Veloso (commis au département Courrier & Télégraphe de la ville) et de Dona Cano Claudionor Vianna Telles Veloso, c'est la petite soeur (sixième enfant de la famille) qui connaît en premier une gloire de chanteuse populaire (dès les années 60), sous le nom de Maria Bethânia (d'après le titre d'une chanson de Nelson Gonçalves, immense crooner de l'époque). Mais son aîné de quelques mois (et cinquième enfant de la famille) la rattrape bien vite !

Caetano Emanuel Viala Telles Veloso est né le 7 août 1942 à Santo Amaro da Purificação, petite cité de l'état de Bahia, proche de Salvador. Bahianais, il l'est intimement grâce à la riche tradition musicale de la région. Dans le poste de radio, les chansons de Luiz Gonsaga. Dans le salon, un méchant piano, et un petit garçon, tout aussi fasciné par la musique que par la peinture ou le dessin. En 1952, Veloso enregistre un disque à usage familial, reprises de succès de l'époque : il y est accompagné au piano par sa soeur Nicinha.

Mais la spécificité des influences de Veloso ne tient pas uniquement aux airs entendus à la radio. Elle provient également de la rémanence absolue de toute la musique caribéenne - donc de l'Afrique - et de l'impérialisme américain et de son rock'n'roll, puis de sa pop music galopante, auxquels il convient d'ajouter l'empereur absolu de la chanson brésilienne des années 50 que fut João Gilberto. Plus encore qu'une vedette incommensurable, ce dernier avait fixé, en compagnie de compères comme Vinicius de Moraes ou Antonio Carlos Jobim, les bases de ce qui allait constituer la déferlante de la bossa nova de par le monde. Par ailleurs, Gilberto affirmera lui-même plus tard au sujet de Veloso qu'il a ajouté une dimension intellectuelle à la musique populaire brésilienne. En 1961 toutefois, le jeune homme se montre tout aussi intéressé par le cinéma que la chanson, écrivant des critiques de films dans des publications scolaires, et particulièrement fasciné par le Cinema Novo, et son chef de file le metteur en scène Glauber Rocha.

Premiers chants, premiers silences

Après s'être produit dans les bars de Salvador (où il vit désormais) en compagnie de sa soeur Maria, le Bahianais fait ses vrais débuts dans la chanson à l'âge de 23 ans : lauréat d'un concours de composition, il signe son premier contrat pour la firme Philips. Ces multiples collaborations (avec Gilberto Gil, le mythique groupe Os Mutantes, Chico Buarque, ou Gal Costa) installent durablement son nom dans la cohorte des jeunes chanteurs en devenir. Mieux encore, sa fascination pour les Beatles, et toute une frange de la pop sophistiquée anglo-saxonne, lui permet de théoriser avec ses amis ce qui constituera la ligne-force de la nouvelle musique brésilienne : le tropicalisme. Cette habile synthèse entre les dissonances du jazz, l'acidité des guitares électriques du rock, le raffinement de la bossa nova, et des textes en prise directe avec les préoccupations de l'époque, provoquera l'émergence d'une expression artistique ambitieuse, et versatile.

Certes, Veloso et ses compagnons d'aventure musicale sont bien loin de faire l'unanimité dans le (vaste) monde de la chanson brésilienne, à la fois par leurs prises de positions politiques radicales, à la fois par leur goût pour l'éclectisme. Toute cette génération provoquera une levée de boucliers, comparable, toutes proportions gardées, à celle conséquente du passage à l'électricité de Bob Dylan, traître selon les gardiens du temple, à la tradition et à l'orthodoxie du folk américain. Toutefois, il est appelé en 1963 à composer pour le cinéma (O Boca de Ouro, de Nelson Rodrigues), ou le théâtre (L'exception et la règle, de Bertolt Brecht) : là se forge sa destinée de compositeur. En 1965, rencontre insigne, il croise João Gilberto, qu'il considère donc comme le chanteur le plus important de l'histoire de la chanson brésilienne, et débute des shows télévisés. Son premier 45-tours (« Cavaleiro ») est édité la même année, parallèlement à un disque de Maria Bethânia, qui installe durablement Veloso dans le coeur des brésiliens. En 1967 sort un premier album partagé avec Gal Costa (Domingo), fortement marqué de l'influence de la bossa nova. Le 21 novembre de la même année, il se marie scandaleusement (la jeune épousée portant une mini-jupe). Janvier 1968 voit la sortie de son premier album en propre (sobrement intitulé... Caetano Veloso) : gorgé de futurs standards, le disque pose les bases du renouveau de la chanson brésilienne.

Malheureusement, le contexte politique du pays (en l'occurrence, une dictature militaire qui sévira plus de vingt ans) ne préfigure pas vraiment la moindre ouverture d'esprit. Les maîtres du pays (ils le resteront jusqu'en 1985), usent donc des procédés habituels en la matière : interdiction d'antenne, que ce soit à la radio ou à la télévision, contrôle permanent du travail des auteurs, compositeurs et interprètes, arrestations musclées, enlèvements, et, hélas ! assassinats. Caetano Veloso et son ami Gilberto Gil sont les cibles favorites des militaires. Le 27 décembre 1968, en application de la loi d'exception, et de l'acte institutionnel Numéro 5 - instituant la dictature militaire, et limitant la liberté d'expression artistique - ils sont incarcérés quelques semaines pour insulte à la patrie (et irrespect du drapeau et de l'hymne nationaux) dans les quartiers généraux de l'armée, et on leur rase la tête. Ils se retrouvent ensuite plusieurs mois assignés à résidence. Comble de l'ironie, Veloso est également mis à l'écart par la gauche socialiste brésilienne, en conséquence de son goût immodéré pour le rock, et d'autres musiques non-brésiliennes. 1969 voit une nouvelle et spectaculaire arrestation, qui contraint les deux compères à la seule issue envisageable : l'exil.

Premiers silences, premiers départs

En 1969, Veloso s'installe à Londres (Chelsea) avec femme et ami. L'album Caetano Veloso, qui sort simultanément, est le seul de sa carrière à ne pas laisser figurer une photo du chanteur : impossible avec une tête rasée... Certes, il poursuit son parcours, certes, il enregistre régulièrement des albums destinés au marché international, certes sa vie en Grande-Bretagne lui permet d'être en prise directe avec toutes les facettes de la musique mondiale. Mais la situation politique brésilienne ne l'autorisera, jusqu'en 1972, qu'à de brefs séjours dans son pays d'origine. Le plus remarquable de cette situation douloureuse, reste que le chanteur saura magnifiquement mettre à profit l'ensemble de ces contraintes.

Travailleur acharné, chanteur infatigable, producteur insatiable, Veloso donne des concerts, se produit de par le monde, devient une star en Europe (plus particulièrement en France, et, démarche facilitée par l'usage de la langue, au Portugal), en Afrique, jusqu'en Israël, et ajoute une corde à l'arc de son talent, en devenant romancier au milieu des années 70. Il compose pour Roberto Carlos, Elis Regina, ou sa soeur, des chansons empreintes de la tristesse de la séparation. Il édite des plaquettes de poésie, et publie une décennie de paroles de chansons. Fidèle à ses racines, il compose chaque année une samba pour le carnaval de sa ville. Fidèle à ses premières amours, il prénomme l'un de ses enfants Tom, d'après le plus élégant compositeur de la musique brésilienne, Tom Jobim.

En 1971, alors qu'il bénéficie d'une autorisation de séjour d'un mois afin d'assister au quarantième anniversaire de mariage de ses parents, il est kidnappé - ou à peu près - par l'armée brésilienne, qui l'oblige à composer une chanson à la gloire de la Transamazonienne, autoroute alors en construction. En 1972, Jorge Ben (autre immense nom de la chanson brésilienne) a la joie de composer une chanson célébrant le retour de Veloso, finalement autorisé à retrouver son pays. De personnage considéré dans le monde de la nouvelle chanson brésilienne, il est devenu une icône absolue, tant dans son pays que sur toute la planète : les militaires ont perdu.

Premiers départs, premiers triomphes

Artistiquement, le Brésilien se nourrit, non seulement d'influences internationales, mais également de racines ancestrales, de rythmes et mélodies brésiliennes presque oubliés. Tout cela, ainsi que la marque, déterminante, de la musique bahianaise, concourt à faire du chanteur un chantre d'un afro-centrisme naissant.

Dès 1973, il prend le pari de l'expérimentation, tournant le dos à l'inspiration purement commerciale. De plus, et sans renier son combat d'un iota, Caetano Veloso est dans les années 80 devenu membre actif de la jet-set internationale. Mick Jagger lui accorde une interview pour le compte de la télévision brésilienne. Il donne trois concerts successifs à New York, malgré la difficulté dans laquelle se trouvent ses fans américains de dénicher ses albums sur le marché national. L'attitude de Veloso par rapport au plus puissant pays du monde (et à son économie) a par ailleurs été toujours empreinte d'une grande dignité : lorsqu'il a enregistré en langue anglaise, cela s'inscrivait dans un contexte de création artistique, pas dans une phase de conquête de marché. Lorsqu'il a fréquenté Ryuichi Sakamoto, Arto Lindsay (l'Américano-brésilien du Lower East Side ira jusqu'à le produire), ou David Byrne (Talking Heads), ce n'était que la conséquence d'affinités musicales, pas d'un goût du paraître.

En 1974, il décide de consacrer une plus grande part de sa vie à l'activité de producteur, offrant à Gal Costa Cantar, un album risqué, aventureux et radical. En 1975, son album Jóia, laissant figurer sur la pochette un dessin représentant l'artiste, sa femme et son bébé, nus, fait scandale et est censuré. En 1976, alors que son ami Gilberto Gil est arrêté pour possession de drogue, Veloso affirme publiquement ne pas être accro. En 1978, il donne plusieurs concerts européens en compagnie de Gal Costa, à Paris, Rome ou Milan. En 1979, il perd malheureusement un enfant en bas âge. En 1981, Outras Palavras, avec plus de 100 000 copies vendues, est le premier disque d'or du chanteur : il réalise le même exploit l'année suivante, avec l'album Cores, Nomes. 1986 voit simultanément le divorce du chanteur, le tournage en trois semaines (la production est désargentée) de son premier long métrage, O Cinema Falado, qui recueillera à la fois louanges et violentes critiques, et la sortie de Totalmente Demais, premier disque de platine (250 000 exemplaires vendus) de sa carrière.

Premiers triomphes, premiers pas vers l'immortalité

En 1989, à l'âge où beaucoup songent à une retraite méritée, Veloso ne diminue pas d'activité, bien au contraire : Estrangeiro est son premier disque directement disponible sur le marché américain. 1990 reste néanmoins une année noire, avec un attentat à la bombe dont est victime le chanteur, après ses violentes critiques du maire de Salvador, et le décès du fils de son frère en musique, Gilberto Gil. 1991 célèbre ses talents d'écrivain, grâce à un très long article publié par le New York Times (plus tard publié en livre), consacré à la chanteuse Carmen Miranda. La même année, le président Collor de Melo écrit à Veloso, proposant une rencontre. Ce dernier, qui a soutenu la candidature de Lula da Silva en 1990, ne répond pas ! En 1992, alors qu'il est père pour la deuxième fois, le chanteur nomme publiquement celui qui l'avait dénoncé, ainsi que Gilberto Gil, aux autorités militaires, il y a près de trente ans.

Tropicàlia 2 (1993) lui permet de retrouver cet éternel compagnon, Gil, et d'être classé dans les meilleures ventes américaines d'albums. En 1994, il enregistre son premier album entièrement interprété en espagnol (Fina Estampa). Le 31 décembre 1995, le plus grand concert jamais organisé sur la plage de Copacabana, réunit Caetano Veloso, Milton Nascimento, Chico Buarque et d'autres, en un hommage à Antonio Carlos Jobim. Il chante Dylan (Jokerman) et... Michael Jackson (Black and White), et organise, en 1997, sa plus importante tournée américaine.

Il rédige son autobiographie (Verdade Tropical), évocation des années 60 brésiliennes, et, plus particulièrement, de ses années d'enfance et d'adolescence. Il remporte en 1998, et grâce à son album Livro, un Grammy (trophée du meilleur album du marché américain). Il consacre en 1999 un album entier à un hommage au cinéaste Federico Fellini et à sa compagne Giuletta Masina, et, à la demande de Madalena, soeur du metteur en scène, donne un concert exceptionnel à proximité de Rimini, ville natale de Fellini. Il apparaît également en 2002 sur la bande originale du film de Julie Taymor Frida (le duo avec Lila Downs « Burn It Blue »), consacrée à la peintre mexicaine Frida Kahlo.

En 2004, alors que les Etats-Unis sont au ban d'une certaine bonne conscience planétaire, Veloso enregistre A Foreign Sound, où il reprend, en anglais dans le texte, des oeuvres de Cole Porter, Nat King Cole, ou... Nirvana. Il donne régulièrement des concerts brésiliens devant plus de 50 000 personnes. Ses derniers enregistrements en date démontrent une passion restée intacte pour le rock. En 2006, il initie une trilogie avec le groupe rock brésilien Cê. Les albums Cê, Zii e Zie (2008), et Abraçaço (2012) sont tous trois l'oeuvre d'un éternel adolescent de soixante-dix ans.

On ne peut évoquer cet artiste en ne parlant uniquement que de chanson : il est également un créateur dans toute la force du terme, et un citoyen. En plus de quarante années de carrière, il aura chanté aux côtés de Chico Buarque et Gal Costa, revisité Jimi Hendrix et les Beatles, aidé à l'éclosion d'un Carlinhos Brown. Et, que ce soit en collaboration avec le poète Jorge Mautner, dans ses hommages à Bahia (album Noites do Norte, en 2000) ou dans un travail commun avec son fils Moreno, Caetano Veloso reste, non seulement à l'échelle de la musique brésilienne, mais bien de la chanson du monde, l'un des plus riches, prolixes, et protéiformes talents de notre univers. Et, tout simplement, immense. Copyright 2014 Music Story Christian Larrède

Des sept enfants de José Telles Seu Zezinho Veloso (commis au département Courrier & Télégraphe de la ville) et de Dona Cano Claudionor Vianna Telles Veloso, c'est la petite soeur (sixième enfant de la famille) qui connaît en premier une gloire de chanteuse populaire (dès les années 60), sous le nom de Maria Bethânia (d'après le titre d'une chanson de Nelson Gonçalves, immense crooner de l'époque). Mais son aîné de quelques mois (et cinquième enfant de la famille) la rattrape bien vite !

Caetano Emanuel Viala Telles Veloso est né le 7 août 1942 à Santo Amaro da Purificação, petite cité de l'état de Bahia, proche de Salvador. Bahianais, il l'est intimement grâce à la riche tradition musicale de la région. Dans le poste de radio, les chansons de Luiz Gonsaga. Dans le salon, un méchant piano, et un petit garçon, tout aussi fasciné par la musique que par la peinture ou le dessin. En 1952, Veloso enregistre un disque à usage familial, reprises de succès de l'époque : il y est accompagné au piano par sa soeur Nicinha.

Mais la spécificité des influences de Veloso ne tient pas uniquement aux airs entendus à la radio. Elle provient également de la rémanence absolue de toute la musique caribéenne - donc de l'Afrique - et de l'impérialisme américain et de son rock'n'roll, puis de sa pop music galopante, auxquels il convient d'ajouter l'empereur absolu de la chanson brésilienne des années 50 que fut João Gilberto. Plus encore qu'une vedette incommensurable, ce dernier avait fixé, en compagnie de compères comme Vinicius de Moraes ou Antonio Carlos Jobim, les bases de ce qui allait constituer la déferlante de la bossa nova de par le monde. Par ailleurs, Gilberto affirmera lui-même plus tard au sujet de Veloso qu'il a ajouté une dimension intellectuelle à la musique populaire brésilienne. En 1961 toutefois, le jeune homme se montre tout aussi intéressé par le cinéma que la chanson, écrivant des critiques de films dans des publications scolaires, et particulièrement fasciné par le Cinema Novo, et son chef de file le metteur en scène Glauber Rocha.

Premiers chants, premiers silences

Après s'être produit dans les bars de Salvador (où il vit désormais) en compagnie de sa soeur Maria, le Bahianais fait ses vrais débuts dans la chanson à l'âge de 23 ans : lauréat d'un concours de composition, il signe son premier contrat pour la firme Philips. Ces multiples collaborations (avec Gilberto Gil, le mythique groupe Os Mutantes, Chico Buarque, ou Gal Costa) installent durablement son nom dans la cohorte des jeunes chanteurs en devenir. Mieux encore, sa fascination pour les Beatles, et toute une frange de la pop sophistiquée anglo-saxonne, lui permet de théoriser avec ses amis ce qui constituera la ligne-force de la nouvelle musique brésilienne : le tropicalisme. Cette habile synthèse entre les dissonances du jazz, l'acidité des guitares électriques du rock, le raffinement de la bossa nova, et des textes en prise directe avec les préoccupations de l'époque, provoquera l'émergence d'une expression artistique ambitieuse, et versatile.

Certes, Veloso et ses compagnons d'aventure musicale sont bien loin de faire l'unanimité dans le (vaste) monde de la chanson brésilienne, à la fois par leurs prises de positions politiques radicales, à la fois par leur goût pour l'éclectisme. Toute cette génération provoquera une levée de boucliers, comparable, toutes proportions gardées, à celle conséquente du passage à l'électricité de Bob Dylan, traître selon les gardiens du temple, à la tradition et à l'orthodoxie du folk américain. Toutefois, il est appelé en 1963 à composer pour le cinéma (O Boca de Ouro, de Nelson Rodrigues), ou le théâtre (L'exception et la règle, de Bertolt Brecht) : là se forge sa destinée de compositeur. En 1965, rencontre insigne, il croise João Gilberto, qu'il considère donc comme le chanteur le plus important de l'histoire de la chanson brésilienne, et débute des shows télévisés. Son premier 45-tours (« Cavaleiro ») est édité la même année, parallèlement à un disque de Maria Bethânia, qui installe durablement Veloso dans le coeur des brésiliens. En 1967 sort un premier album partagé avec Gal Costa (Domingo), fortement marqué de l'influence de la bossa nova. Le 21 novembre de la même année, il se marie scandaleusement (la jeune épousée portant une mini-jupe). Janvier 1968 voit la sortie de son premier album en propre (sobrement intitulé... Caetano Veloso) : gorgé de futurs standards, le disque pose les bases du renouveau de la chanson brésilienne.

Malheureusement, le contexte politique du pays (en l'occurrence, une dictature militaire qui sévira plus de vingt ans) ne préfigure pas vraiment la moindre ouverture d'esprit. Les maîtres du pays (ils le resteront jusqu'en 1985), usent donc des procédés habituels en la matière : interdiction d'antenne, que ce soit à la radio ou à la télévision, contrôle permanent du travail des auteurs, compositeurs et interprètes, arrestations musclées, enlèvements, et, hélas ! assassinats. Caetano Veloso et son ami Gilberto Gil sont les cibles favorites des militaires. Le 27 décembre 1968, en application de la loi d'exception, et de l'acte institutionnel Numéro 5 - instituant la dictature militaire, et limitant la liberté d'expression artistique - ils sont incarcérés quelques semaines pour insulte à la patrie (et irrespect du drapeau et de l'hymne nationaux) dans les quartiers généraux de l'armée, et on leur rase la tête. Ils se retrouvent ensuite plusieurs mois assignés à résidence. Comble de l'ironie, Veloso est également mis à l'écart par la gauche socialiste brésilienne, en conséquence de son goût immodéré pour le rock, et d'autres musiques non-brésiliennes. 1969 voit une nouvelle et spectaculaire arrestation, qui contraint les deux compères à la seule issue envisageable : l'exil.

Premiers silences, premiers départs

En 1969, Veloso s'installe à Londres (Chelsea) avec femme et ami. L'album Caetano Veloso, qui sort simultanément, est le seul de sa carrière à ne pas laisser figurer une photo du chanteur : impossible avec une tête rasée... Certes, il poursuit son parcours, certes, il enregistre régulièrement des albums destinés au marché international, certes sa vie en Grande-Bretagne lui permet d'être en prise directe avec toutes les facettes de la musique mondiale. Mais la situation politique brésilienne ne l'autorisera, jusqu'en 1972, qu'à de brefs séjours dans son pays d'origine. Le plus remarquable de cette situation douloureuse, reste que le chanteur saura magnifiquement mettre à profit l'ensemble de ces contraintes.

Travailleur acharné, chanteur infatigable, producteur insatiable, Veloso donne des concerts, se produit de par le monde, devient une star en Europe (plus particulièrement en France, et, démarche facilitée par l'usage de la langue, au Portugal), en Afrique, jusqu'en Israël, et ajoute une corde à l'arc de son talent, en devenant romancier au milieu des années 70. Il compose pour Roberto Carlos, Elis Regina, ou sa soeur, des chansons empreintes de la tristesse de la séparation. Il édite des plaquettes de poésie, et publie une décennie de paroles de chansons. Fidèle à ses racines, il compose chaque année une samba pour le carnaval de sa ville. Fidèle à ses premières amours, il prénomme l'un de ses enfants Tom, d'après le plus élégant compositeur de la musique brésilienne, Tom Jobim.

En 1971, alors qu'il bénéficie d'une autorisation de séjour d'un mois afin d'assister au quarantième anniversaire de mariage de ses parents, il est kidnappé - ou à peu près - par l'armée brésilienne, qui l'oblige à composer une chanson à la gloire de la Transamazonienne, autoroute alors en construction. En 1972, Jorge Ben (autre immense nom de la chanson brésilienne) a la joie de composer une chanson célébrant le retour de Veloso, finalement autorisé à retrouver son pays. De personnage considéré dans le monde de la nouvelle chanson brésilienne, il est devenu une icône absolue, tant dans son pays que sur toute la planète : les militaires ont perdu.

Premiers départs, premiers triomphes

Artistiquement, le Brésilien se nourrit, non seulement d'influences internationales, mais également de racines ancestrales, de rythmes et mélodies brésiliennes presque oubliés. Tout cela, ainsi que la marque, déterminante, de la musique bahianaise, concourt à faire du chanteur un chantre d'un afro-centrisme naissant.

Dès 1973, il prend le pari de l'expérimentation, tournant le dos à l'inspiration purement commerciale. De plus, et sans renier son combat d'un iota, Caetano Veloso est dans les années 80 devenu membre actif de la jet-set internationale. Mick Jagger lui accorde une interview pour le compte de la télévision brésilienne. Il donne trois concerts successifs à New York, malgré la difficulté dans laquelle se trouvent ses fans américains de dénicher ses albums sur le marché national. L'attitude de Veloso par rapport au plus puissant pays du monde (et à son économie) a par ailleurs été toujours empreinte d'une grande dignité : lorsqu'il a enregistré en langue anglaise, cela s'inscrivait dans un contexte de création artistique, pas dans une phase de conquête de marché. Lorsqu'il a fréquenté Ryuichi Sakamoto, Arto Lindsay (l'Américano-brésilien du Lower East Side ira jusqu'à le produire), ou David Byrne (Talking Heads), ce n'était que la conséquence d'affinités musicales, pas d'un goût du paraître.

En 1974, il décide de consacrer une plus grande part de sa vie à l'activité de producteur, offrant à Gal Costa Cantar, un album risqué, aventureux et radical. En 1975, son album Jóia, laissant figurer sur la pochette un dessin représentant l'artiste, sa femme et son bébé, nus, fait scandale et est censuré. En 1976, alors que son ami Gilberto Gil est arrêté pour possession de drogue, Veloso affirme publiquement ne pas être accro. En 1978, il donne plusieurs concerts européens en compagnie de Gal Costa, à Paris, Rome ou Milan. En 1979, il perd malheureusement un enfant en bas âge. En 1981, Outras Palavras, avec plus de 100 000 copies vendues, est le premier disque d'or du chanteur : il réalise le même exploit l'année suivante, avec l'album Cores, Nomes. 1986 voit simultanément le divorce du chanteur, le tournage en trois semaines (la production est désargentée) de son premier long métrage, O Cinema Falado, qui recueillera à la fois louanges et violentes critiques, et la sortie de Totalmente Demais, premier disque de platine (250 000 exemplaires vendus) de sa carrière.

Premiers triomphes, premiers pas vers l'immortalité

En 1989, à l'âge où beaucoup songent à une retraite méritée, Veloso ne diminue pas d'activité, bien au contraire : Estrangeiro est son premier disque directement disponible sur le marché américain. 1990 reste néanmoins une année noire, avec un attentat à la bombe dont est victime le chanteur, après ses violentes critiques du maire de Salvador, et le décès du fils de son frère en musique, Gilberto Gil. 1991 célèbre ses talents d'écrivain, grâce à un très long article publié par le New York Times (plus tard publié en livre), consacré à la chanteuse Carmen Miranda. La même année, le président Collor de Melo écrit à Veloso, proposant une rencontre. Ce dernier, qui a soutenu la candidature de Lula da Silva en 1990, ne répond pas ! En 1992, alors qu'il est père pour la deuxième fois, le chanteur nomme publiquement celui qui l'avait dénoncé, ainsi que Gilberto Gil, aux autorités militaires, il y a près de trente ans.

Tropicàlia 2 (1993) lui permet de retrouver cet éternel compagnon, Gil, et d'être classé dans les meilleures ventes américaines d'albums. En 1994, il enregistre son premier album entièrement interprété en espagnol (Fina Estampa). Le 31 décembre 1995, le plus grand concert jamais organisé sur la plage de Copacabana, réunit Caetano Veloso, Milton Nascimento, Chico Buarque et d'autres, en un hommage à Antonio Carlos Jobim. Il chante Dylan (Jokerman) et... Michael Jackson (Black and White), et organise, en 1997, sa plus importante tournée américaine.

Il rédige son autobiographie (Verdade Tropical), évocation des années 60 brésiliennes, et, plus particulièrement, de ses années d'enfance et d'adolescence. Il remporte en 1998, et grâce à son album Livro, un Grammy (trophée du meilleur album du marché américain). Il consacre en 1999 un album entier à un hommage au cinéaste Federico Fellini et à sa compagne Giuletta Masina, et, à la demande de Madalena, soeur du metteur en scène, donne un concert exceptionnel à proximité de Rimini, ville natale de Fellini. Il apparaît également en 2002 sur la bande originale du film de Julie Taymor Frida (le duo avec Lila Downs « Burn It Blue »), consacrée à la peintre mexicaine Frida Kahlo.

En 2004, alors que les Etats-Unis sont au ban d'une certaine bonne conscience planétaire, Veloso enregistre A Foreign Sound, où il reprend, en anglais dans le texte, des oeuvres de Cole Porter, Nat King Cole, ou... Nirvana. Il donne régulièrement des concerts brésiliens devant plus de 50 000 personnes. Ses derniers enregistrements en date démontrent une passion restée intacte pour le rock. En 2006, il initie une trilogie avec le groupe rock brésilien Cê. Les albums Cê, Zii e Zie (2008), et Abraçaço (2012) sont tous trois l'oeuvre d'un éternel adolescent de soixante-dix ans.

On ne peut évoquer cet artiste en ne parlant uniquement que de chanson : il est également un créateur dans toute la force du terme, et un citoyen. En plus de quarante années de carrière, il aura chanté aux côtés de Chico Buarque et Gal Costa, revisité Jimi Hendrix et les Beatles, aidé à l'éclosion d'un Carlinhos Brown. Et, que ce soit en collaboration avec le poète Jorge Mautner, dans ses hommages à Bahia (album Noites do Norte, en 2000) ou dans un travail commun avec son fils Moreno, Caetano Veloso reste, non seulement à l'échelle de la musique brésilienne, mais bien de la chanson du monde, l'un des plus riches, prolixes, et protéiformes talents de notre univers. Et, tout simplement, immense. Copyright 2014 Music Story Christian Larrède


Améliorez le contenu de cette page

Si vous êtes l'artiste, le label ou le manager concerné, vous pouvez mettre à jour les informations sur cette page, telles que biographie, vidéos et plus encore sur Artist Central.