L'éditeur français de ce livre formidable devrait être poursuivi pour son choix de couverture et de titre désastreux ! Ce roman vaut bien mieux que ça, il s'agit d'un très bon livre, très abouti, à la fois drôle et tragique, et au style très maîtrisé. Pour tout dire, c'est un des meilleurs bouquins que j'ai lus ces dernières années.
Il raconte le quotidien de Gloria Steiner, une jeune new-yorkaise dont le travail consiste à écrire les Mémoires inventés d'une vieille excentrique flamboyante, une figure mondaine de l'Upper East Side pseudo-romancière (quelque chose entre Danielle Steel et Nadine de Rothchild) qui lui mène une vie impossible. Ce personnage grandiose, qui domine le livre, est l'une des raisons pour lesquelles il est si réussi. Le lecteur est un peu comme l'héroïne : il n'est pas prêt d'oublier Jackie Castellanos une fois qu'il a croisé sa route !
Gloria, donc, ses amours (catastrophe est le mot qui vient à l'esprit), sa maman (une psychanalyste autrichienne échouée dans l'Arizona), son chat (qui passe le roman entier caché sous le canapé), ses cafards (ceux qui peuplent le sol de sa cuisine) et, bien sûr, sa dépendance à l'alcool (le titre original du livre est "In the Drink").
Tout ça est à la fois hilarant (l'héroïne est une très mauvaise secrétaire littéraire) et tragique (l'alcool qui fait partie de la vie), tout ça ressemble terriblement à la vie. Kate Christensen n'a pas écrit la énième version des aventures de Bridget Jones, pas du tout : c'est une romancière, une vraie, au style étonnamment littéraire et travaillé, maniant avec le même talent le timing des situations comiques, la description des états nauséeux de lendemains de cuite, ou encore les impressions fugaces d'une promenade dans New York au début d'une journée de soleil.
Un livre formidable, qu'on n'oublie pas.