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Le chant d'une strat le soir au fond du blues, 25 mai 2008
Des miaulements de guitare déchirent l'aurore dès l'intro de "Do you read me" évoquant de façon indéfinissable le phrasé d'un cuivre.Les notes argentées s'accrochent à la nuit où tournoie le riff lunaire du clavier de Lou Martin et qui rappelle étrangement la musique d'un film des années 30 "Liliom " jouée à l'orque de Barbarie.Tempo moyen,rythmique un peu pataude peut être mais qu'importe,le son est plein et surtout généreux comme le soliste.
Plus loin Rory traite le blues dans les règles du hard, nous livrant un magnifique "moochild" galopant, ou les cris viscéraux et le lyrisme d'une stratocaster écorchée vive ne sont pas sans évoquer ici un certain Richie (construction particulière du morceau notamment).
Le bootleneck jette des éclairs sur la course effrenée de "Country mile"
dans laquelle nous entraînne une sratocaster hilare.De sa voix rauque Rory harangue un fier et imaginaire attelage de mustangs, traînant derrière lui un furieux nuage de poussières.
La rage de "Secret agent" avec son riff enfumeur d'ou jaillissent encore des lames de bootleneck assassines sur le rythme d'une éprouvante poursuite fait place au lancinant "Jack-Knive beat"ou les notes s'étirent infiniment longues et lascives sous les doigts de Rory,comme conscientes de leur beauté qu'elle n'ont de cesse de nous exposer.
On est bien dans cette torpeur électrique chaude comme un après midi d'été ou l'on peut rêvasser allongé, la tête à l'ombre et le corps au soleil.
"Calling card" également est un beau blues allumé par une guitare claironnant ici aussi comme un cuivre.
Je n'oublie pas non plus les quelques ballades acoustiques qui s'intercalent entre ces titres et mettent en exergue le savoir faire et la polyvalence de ce grand guitariste.
Sans aucun doute son album le plus abouti, tant au niveau du son que des compositions.
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Irish Guitar Slinger, 19 janvier 2011
Il y a des musiciens dont le succès n'est pas proportionnel au talent. Loin s'en faut. Rory Gallagher en est l'archétype parfait. Trop simple, trop sincère avec lui-même, l'irlandais n'a jamais fait la cour aux honneurs, ni aux gammes électorales. En effet, l'homme était avant tout un gentilhomme au service d'une noble cause : le blues. Personnage attachant, autodidacte, autant inspiré par le skiffle que le rock de Freddie King, si pour la postérité on retiendra surtout de lui qu'il fut un guitariste exceptionnel, ce qui restera pour tous ceux ayant pu l'approcher, c'est l'image d'un sourire. Timide, un peu anxieux. Marqué autant par l'enfance qu'empreint d'une réelle modestie. Un sourire un peu à l'image de celui figurant sur la pochette de ce Calling Card, en fait. Un album dont le contenu devrait en éclairer plus d'un, à la fois sur l'éclectisme du soliste comme sur son jeu clair, nuancé et expressif. Dernier album réalisé avec ses complices de toujours, Rod d'Ath et Lou Martin, cet enregistrement n'a rien d'un disque voué à la performance. Pour cela, la discographie de Gallagher possède assez d'arguments pour en faire étalage. Non, cette fois-ci, Rory a vu large. Laissant même à quelques synthétiseurs l'audace d'infiltrer sa musique. La patte de Roger Glover, sans doute, auquel il cède pour une fois la responsabilité de la production.
Poussé par l'envie, Calling Card est un album qui a vraiment de la personnalité. Pas de surenchère, pas d'esbroufe, juste une bonne dose de rock blues techniquement irréprochable. Un rock blues sujet à inclinaisons passagères, cependant. Juste histoire de surprendre l'atmosphère. De la séduire avec une slide toute en subtilité comme sur I'll Admit You're Gone ou de l'électriser par un Secret Agent vraiment convaincant. En fait, tout l'art de Gallagher est passé au tamis dans ce disque. En seulement neufs titres, l'effet zoom est saisissant. Passionnant même. Car chaque morceau proposé possède un tempo, une couleur et une tonalité propre. Et puis, il y a cette voix d'irlandais colorée au whisky. Toujours à l'unisson lorsque qu'il s'agit d'aller flirter vers des tranchées plus sauvages. A ce sujet, on reconnaîtra à l'éruptive Moonchild de nous annoncer la future orientation que prendra le guitariste d'ici quelques mois. En attendant, d'une piste à l'autre, Rory cultive son blues à grands renforts de slide glissée, de cordes acoustiques, voire d'influences jazzy sur le titre éponyme. Au final, 45 minutes de complicité en compagnie d'un géant qui s'ignore. Qui s'ignore, parce que trop profondément humain pour s'accorder d'autre qualité que celle d'homme libre. Une liberté aux ailes déployées que l'on ressent par instants en se laissant porter par Edged in Blue.
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Place au rock., 12 mai 2010
J'ai sélectionné ce petit joyau de la discographie du regretté Rory (mort en 1995) alors que d'autres albums auraient pu figurer à cette place. Chroniquer Gallagher, c'est faire des choix cornéliens dans une discographie chargée et délicieuse. Pas simple. En tous cas, Calling card est le huitième opus en solitaire de l'irlandais au phrasé incomparable et le deuxième pour Chrysalis Records. C'est à Munich qu'il est enregistré. En 1976. Le verdict tombe : prodigieux ! La critique l'encense, les fans s'en délectent. Rory est alors dans une phase de progression, passe à la vitesse supérieure, abandonnant l'autoproduction coutumière pour jeter son dévolu sur un producteur qui sente bien le rock, et pour poser les jalons d'un rock qu'il privilégie désormais, au détriment de son chatoyant blues-rock. Le son se durcit, sur l'intervention et les conseils de Roger Glover (Deep Purple, bassiste). Aidé des fidèles serviteurs et supers musiciens Gerry McAvoy à la basse, ainsi que des futurs partants Rod De `Ath (batteur) et Lou Martin (claviers) juste après cet enregistrement, Rory Gallagher sort un album essentiel dans sa carrière. Il apporte des modifications au niveau du son (apport de synthés), explore d'autres horizons musicaux. Sa strato se fait pleureuse d'entrée (dès le dépouillé Do You Read Me), puis devient support d'une voix méchamment blues. Gallagher durcit son rock, le métallise même, conférant à sa musique une puissance qu'on ne soupçonnait pas et à laquelle peu étaient habitués. Ainsi Moonchild, Country Mile, Secret Agent, terriblement collants et rageurs. Mais Gallagher est d'abord et avant tout de la race des bluesmen blancs, son répertoire n'échappe donc pas au blues qui le ramène dans des ambiances plus feutrées (un excellent jazz-blues, Calling Card) ou plus lancinantes (Jack-Knive Beat). Des ballades s'invitent au programme, magnifiques comme You're Gone, se glissant judicieusement dans cet univers de riffs, de notes lascives et de sonorités durcies. Très réussi également ce mélodieux et triste Edged In Blue qui précède une sortie de studio surprenante et fort sympathique, tout en acoustique, jazzy : Barley & Grape Rag. Qu'il nous manque, le barde irlandais ! Calling Card est là pour nous rappeler qu'il est un guitar hero pour l'éternité. Non seulement, il faut l'acheter, mais il faut l'acheter !
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