Can

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Biographie

Tout commence en juin 1968 à Cologne où a lieu dans l'appartement d'Irmin Schmidt la rencontre de cinq musiciens. Trois d'entre eux ont fait des études classiques de musique : Irmin Schmidt (claviers) Holger Czukay (basse) et David Johnston (flûte). Jaki Liebezeit, le batteur ne goûte plus l'évolution du free jazz qui mène selon lui à une impasse musicale et veut rejouer des rythmes « primitifs « tandis que Michael Karoli - par ailleurs ex-élève de Czukay - est un jeune guitariste nourri de rock mais dont le spectre musical s'étend aussi aux musiques tziganes et au jazz. L'intention de Irmin ... Lire la suite

Tout commence en juin 1968 à Cologne où a lieu dans l'appartement d'Irmin Schmidt la rencontre de cinq musiciens. Trois d'entre eux ont fait des études classiques de musique : Irmin Schmidt (claviers) Holger Czukay (basse) et David Johnston (flûte). Jaki Liebezeit, le batteur ne goûte plus l'évolution du free jazz qui mène selon lui à une impasse musicale et veut rejouer des rythmes « primitifs « tandis que Michael Karoli - par ailleurs ex-élève de Czukay - est un jeune guitariste nourri de rock mais dont le spectre musical s'étend aussi aux musiques tziganes et au jazz. L'intention de Irmin Schmidt est de fonder un groupe dont les membres viendraient de la musique classique, du jazz et du rock et qui produirait une musique privilégiant la spontanéité et le travail en collectif. Leur premier concert est un happening improvisé au château de Nörvenich où l'on entend des séquences très bruitistes, de la musique rock et des bandes magnétiques des émeutes de Mai 1968 à Paris. C'est dans ce château qu'ils créeront leur propre studio Inner Space : la grande aventure de Can peut enfin commencer.

L'ascension de CAN

En août 1968 à Paris, Hildegard Schmidt, la femme du pianiste, fait la rencontre d'un sculpteur noir américain Malcom Mooney. Celui-ci n'a aucune expérience vocale mais elle l'invite à Cologne pour qu'il rencontre Can dans leur studio. Il se met au chant et en quelques instants, la musique prend une coloration très rock, très urbaine : le premier morceau enregistré sera « Father cannot yell » dont Czukay dit « Nous l'avons répété quatre fois et j'étais fier d'avoir joué de la basse pendant les sept minutes du morceau. Nous n'avions pas de table de mixage, juste un magnétophone 2 pistes et cinq micros ». C'est avec ce matériel rudimentaire que sera enregistré le premier album  Monster Movie .  

A l'écoute, on y sent une spontanéité et une urgence peu commune dont le seul cousin lointain serait le Velvet Underground période White light - white heat où les groupes garage américains. Néanmoins c'est le long morceau de 20 minutes « You doo right » qui résume la tonalité du disque : le martèlement tribal du batteur, la basse hypnotique de Czukay, la guitare stridente de Karoli et le chant (lecture d'une lettre de son amie) animal de Mooney font de ce morceau un monument de transe. Le comportement de plus en plus erratique de Mooney sur scène (fréquemment en retard ou quittant le concert en plein milieu) affectera petit à petit le groupe. De plus, il traverse une sévère dépression avec des envies de suicide  : le groupe veille sur lui afin qu'il ne commette pas l'irréparable. Sur les conseils d'un psychiatre, Mooney quitte l'Allemagne pour revenir aux États- Unis. Un autre album  Delay 1968  - sorti plus tard en 1981 - compile les autres travaux de Can avec ce chanteur : un disque aussi indispensable que  Monster Movie .

Sur un album de musiques de films  Soundtracks  figurent ses deux derniers morceaux avec le groupe : le dérangeant « Soul desert » où sa voix se glisse dans les aigus et « She brings the rain », unique ballade jazz du groupe où il dévoile des talents de crooner. En Mai 1970, un jeune beatnick japonais Damo Suzuki devient le nouveau chanteur de Can. Jaki Liebezeit et Holger Czukay l'ont rencontré par hasard dans les rues de Munich où il chantait des odes étranges au Soleil. Ils lui proposent de monter sur la scène du Blow up, la discothèque où ils jouent depuis quelques jours. Le concert fut une expérience éprouvante car la faculté de Damo de passer d'une voix douce à des cris insoutenables désarçonna le public : il y eut quelques bagarres, la salle se vida rapidement pour laisser place  à une soixantaine d'auditeurs motivés.  Sur les autres morceaux de  Soundtracks  on peut entendre ses premières interventions : Damo s'y révèle un inventeur de mélodies passant du murmure sur « Tango whiskeyman » au chant lyrique et furieux de « Deadlock ». Cette grande facilité d'adaptation aux ambiances musicales et sa grande complicité avec la guitare de Michael Karoli se vérifiera pleinement sur le double Tago Mago  sorti en 1971. L'album est partagé en deux blocs : une première partie de morceaux assez cadrés avec ce groove impérial et tribal de Jaki Liebezeit et la deuxième où l'improvisation et l'expérimentation sonore donnent lieu à des pièces qui vont jusqu'à 17 minutes.Tago Mago est reçu par des critiques dithyrambiques particulièrement en France  où Rock and Folk le qualifie « d'expérience musicale la plus impressionnante d'Europe » et en Angleterre où le Melody Maker parle de Can comme « le  meilleur groupe expérimental d'Europe Angleterre comprise ». Les concerts se succèdent en Europe, les salles sont combles.

C'est rempli de confiance et avec un matériel amélioré (de nouveaux micros à condensateur) que Can enregistre Ege Bamyasi dans le tout nouveau studio Weilerswist. Les membres y vivent les trois quarts de leur temps et continuent à travailler sur un simple magnétophone stéréo pour enregistrer leurs travaux. Malgré des tensions entre les musiciens, l'album respire une nouvelle maturité : les rythmes plus fluctuants lorgnent sur le funk et certains morceaux comme « Spoon » et « Vitamine C » sont très mélodiques. D'ailleurs « Spoon » sera un succès énorme puisqu'il franchira la barre des 300 000 ventes tandis que « Vitamine C » finira sur la B.O. de La mort des pigeons de Samuel Fuller. L'album, quant à lui, vendra 30 000 exemplaires ce qui est, pour l'époque et pour ce style, un chiffre très bon.

Ces succès inattendus  permettent au groupe de se payer un car pour ses tournées même si celles-ci connaissent une interruption d'un an à cause d'une longue maladie de Michael Karoli. Holger Czukay en profite pour partir visiter la Thaïlande tandis que Damo Suzuki retourne au Japon pour la première fois depuis six ans.

C'est après toutes ces pérégrinations que le groupe enregistre en août 1973  Future Days . L'atmosphère y est plus sereine, plus détendue et la musique se fait plus atmosphérique : des sons naturels se mêlent à des influences latines et presque funk (le sensuel « Moonshake »). Damo  Suzuki n'y  chante que par intermittence. Même si le disque est une réussite artistique et un succès critique, le chanteur, poussé par sa femme, cesse toute activité musicale et quitte le groupe en Septembre 1973 pour rejoindre les témoins de Jehovah, après un ultime concert à l'Empire Theatre d'Edimbourg le 25 août. Cette absence soudaine ne les empêche pas de rebondir : en janvier 1974 à Berlin, ils donnent le plus long concert de leur carrière commençant à  8 heures du soir pour se terminer vers 3 heures du matin. Désormais, les vocaux sont partagés entre Karoli et Schmidt.

En Août 1974, sort  Soon Over Babaluma  qui est considéré par les fans comme le dernier grand album du groupe. Le rendu atmosphérique  de  Future Days  est maintenu et les morceaux se teintent d'autres influences : reggae pour « Dizzy Dizzy » et tango sur l'intense « Come Sta La Luna ». Michael Karloli enrichit le propos en parsemant le disque de violon notamment sur le très flamenco « Splash ». L'album s'achève sur le vaporeux et évanescent « Quantum physics » morceau qui préfigure de 15 ans la techno ambiante de The Orb. Le disque est salué par la critique en ces termes : « Il ne copient en rien la musique anglaise ou américaine :ils produisent un son unique » déclare le Record Mirror.  

Le collectif se lézarde ou le déclin de Can

Même si les disques qui suivent  Landed  (1975) et Flow Motion  (1976) sont d'un bon niveau , il devient évident alors  que l'inspiration se tarit. Le nouveau matériel - une table de mixage 16 pistes - fait que les musiciens enregistrent séparément leurs parties alors que Can auparavant jusqu'à Soon over Babaluma enregistrait toujours en collectif. Landed offre des morceaux rock de bonne tenue mais assez conventionnelles pour Can : « Hunters and collectors » et « Full moon on the highway » sont de bons exemples. Les influences ethniques sont de nouveau  présentes sur le très arabisant « Red hot indians », le caribéen  « Cascade Waltz » (sur Landed) et le quasi-reggae « Laugh till you cry till you die » (sur Flow Motion). Can n'abandonne pas l'aspect expérimental de sa musique pour autant en livrant des pièces comme le bien nommé « Unfinished » à la fin de Landed, un jam rock ambiant à l'ancienne, ou « Smoke », un morceau tribal très marocain sur Flow Motion. Les fans déçus par cette évolution (le hit disco « I want more » les achève) se tournent plus volontiers vers leurs compilations d'inédits.

Unlimited Edition réunit des enregistrements inédits allant de 1969 à 1974 :c'est sur ce disque qu'on découvre l'autre grande idée de Can, les E.F.S. Les Ethnological Forgery Series sont une série de pastiches de musiques du monde dont tous les membres du groupe étaient des fans fervents. La musique vietnamienne celle de Bali ainsi que les musiques africaines arabes ont influencé Can pour créer une musique singulière et sans équivalent. Cette démarche à l'époque était très rare car le marché de la « sono mondiale » et plus tard de la World Music était inexistant.

Si les albums baissent en qualité, les prestations scéniques de Can sont toujours des évènements où l'improvisation et l'imprévu sont de mise. C'est à cette période que Can engage deux ex-musiciens de Traffic, le bassiste RosKo Gee ( Holger Czukay se chargera du travail sur les fréquences manipulant radios, transistors et téléphone!!) et le percussionniste Reebop. En février 1977, sort l'album  Saw Delight  : Czukay y est très peu présent et les deux nouveaux transfuges n'arrivent pas à s'intégrer à l'ensemble Can. Seul le morceau « Animal waves » au groove afro beat emporte pleinement l'adhésion. Sur scène, Holger Czukay paraît de plus en plus isolé et en vient même aux mains avec Reebop. En mai 1977, il quitte le groupe pour mener une brillante carrière solo couronné par Movies  en  1979. Le dernier concert de Can a lieu à la fin mai 1977 à Lisbonne devant 10 000 personnes. Deux disques très faibles Out of reach  (renié par le groupe) et  Can  suivront mais le cœur n'y est plus. Can se sépare définitivement en fin 1978.

L'influence de Can depuis trente ans

Force est de constater que depuis la fin du groupe, Can ne cesse d'être cité comme influence par de nombreux muciens venant d'horizons très divers. Cela a commencé avec le chanteur des Sex Pistols Johnny Rotten ( John Lyndon dans le civil) qui selon la rumeur aurait postulé comme chanteur. A la fin des sex Pistols, il crée le groupe Public Image Limited avec le bassiste Jah Wobble : leur musique mélange de rock, de dub et de musiques ethiques doit beaucoup à Can. Jah Wobble jouera trés frequemment avec des membres de Can que ce soient Holger Czukay ou Jaki Liebezeit. The Fall, groupe de Manchester mené par Mark.E.Smith, offre un rock destructuré dont les vocaux habités doivent beaucoup au chanteur Damo Suzuki. On peut citer aussi dans les groupes du rock alternatif anglais des années 90 Moonshake, Laika et Pram dont la musique inclassable entre dub, electro et rock se réclame de Can dans la précision des rythmes.

Aux États Unis, le producteur et bassiste  Bill Laswell (aux manettes sur le « Rock it » de Herbie Hancock) est un adepte fervent de Can puisque pour constituer son groupe Material, il fit passer une petite annonce demandant aux futurs musiciens un intérêt pour les groupes allemands. Par la suite, il collaborera très fréquemment avec le batteur Jaki Liebezeit (dont il dit admirer le jeu tribal )sur les projets de son label Axiom.

Sonic Youth, initiateur du mouvement grunge, dit s'être beaucoup nourri chez Can surtout pour la méthode de travail. Cela est particulièrement prégnant sur certains morceaux de Experimental jet trash and no stars et A thousand leaves où le batteur Steve Shelley  initie le rythme de départ où viendront se greffer les autres musiciens. Thurston Moore le guitariste déclarera de Can que c'est un des groupes qui l'a préparé à la musique du futur.

D'ailleurs la révolution électronique n'oubliera pas Can et cela est particulièrement évident à la sortie en 1998 de l'album de remix de Can Sacrilege sur le label mute. Des musiciens aussi divers que Brian Eno, Sonic Youth, ou des plus jeunes Westbam, The Orb et A Guy Called Gerald (qui officient dans les circuits house, ambient  et drum'n'bass) acceptent de remixer les morceaux phares du catalogue «Can». Cette influence sur les musiques programmées s'explique par la précision des rythmes de Can (notamment à travers le jeu métronomique de Jaki Liebezeit) et son immense travail sur les textures sonores, travail qui s'apparente aux constantes manipulations que pratique la jeune génération électronique dans ses morceaux.

Que ce soient les musiques post punk ou les musiques extrêmement rythmiques que sont la techno et la jungle, le spectre de Can couvre toutes les tendances des musiques modernes. Ce groupe  a su par son approche mélanger groove et expérimentation et ainsi précéder tous les mouvements musicaux adeptes de rupture et d'éclectisme. Tout comme le Velvet Underground, Can a créé de nombreuses vocations et l'écoute de ses disques reste un plaisir inépuisable tant ses idées en matière de son et ses atmosphères constamment en mouvement restent d'une pertinence rare encore trente ans après sa disparition.

Copyright 2014 Music Story François Bellion

Tout commence en juin 1968 à Cologne où a lieu dans l'appartement d'Irmin Schmidt la rencontre de cinq musiciens. Trois d'entre eux ont fait des études classiques de musique : Irmin Schmidt (claviers) Holger Czukay (basse) et David Johnston (flûte). Jaki Liebezeit, le batteur ne goûte plus l'évolution du free jazz qui mène selon lui à une impasse musicale et veut rejouer des rythmes « primitifs « tandis que Michael Karoli - par ailleurs ex-élève de Czukay - est un jeune guitariste nourri de rock mais dont le spectre musical s'étend aussi aux musiques tziganes et au jazz. L'intention de Irmin Schmidt est de fonder un groupe dont les membres viendraient de la musique classique, du jazz et du rock et qui produirait une musique privilégiant la spontanéité et le travail en collectif. Leur premier concert est un happening improvisé au château de Nörvenich où l'on entend des séquences très bruitistes, de la musique rock et des bandes magnétiques des émeutes de Mai 1968 à Paris. C'est dans ce château qu'ils créeront leur propre studio Inner Space : la grande aventure de Can peut enfin commencer.

L'ascension de CAN

En août 1968 à Paris, Hildegard Schmidt, la femme du pianiste, fait la rencontre d'un sculpteur noir américain Malcom Mooney. Celui-ci n'a aucune expérience vocale mais elle l'invite à Cologne pour qu'il rencontre Can dans leur studio. Il se met au chant et en quelques instants, la musique prend une coloration très rock, très urbaine : le premier morceau enregistré sera « Father cannot yell » dont Czukay dit « Nous l'avons répété quatre fois et j'étais fier d'avoir joué de la basse pendant les sept minutes du morceau. Nous n'avions pas de table de mixage, juste un magnétophone 2 pistes et cinq micros ». C'est avec ce matériel rudimentaire que sera enregistré le premier album  Monster Movie .  

A l'écoute, on y sent une spontanéité et une urgence peu commune dont le seul cousin lointain serait le Velvet Underground période White light - white heat où les groupes garage américains. Néanmoins c'est le long morceau de 20 minutes « You doo right » qui résume la tonalité du disque : le martèlement tribal du batteur, la basse hypnotique de Czukay, la guitare stridente de Karoli et le chant (lecture d'une lettre de son amie) animal de Mooney font de ce morceau un monument de transe. Le comportement de plus en plus erratique de Mooney sur scène (fréquemment en retard ou quittant le concert en plein milieu) affectera petit à petit le groupe. De plus, il traverse une sévère dépression avec des envies de suicide  : le groupe veille sur lui afin qu'il ne commette pas l'irréparable. Sur les conseils d'un psychiatre, Mooney quitte l'Allemagne pour revenir aux États- Unis. Un autre album  Delay 1968  - sorti plus tard en 1981 - compile les autres travaux de Can avec ce chanteur : un disque aussi indispensable que  Monster Movie .

Sur un album de musiques de films  Soundtracks  figurent ses deux derniers morceaux avec le groupe : le dérangeant « Soul desert » où sa voix se glisse dans les aigus et « She brings the rain », unique ballade jazz du groupe où il dévoile des talents de crooner. En Mai 1970, un jeune beatnick japonais Damo Suzuki devient le nouveau chanteur de Can. Jaki Liebezeit et Holger Czukay l'ont rencontré par hasard dans les rues de Munich où il chantait des odes étranges au Soleil. Ils lui proposent de monter sur la scène du Blow up, la discothèque où ils jouent depuis quelques jours. Le concert fut une expérience éprouvante car la faculté de Damo de passer d'une voix douce à des cris insoutenables désarçonna le public : il y eut quelques bagarres, la salle se vida rapidement pour laisser place  à une soixantaine d'auditeurs motivés.  Sur les autres morceaux de  Soundtracks  on peut entendre ses premières interventions : Damo s'y révèle un inventeur de mélodies passant du murmure sur « Tango whiskeyman » au chant lyrique et furieux de « Deadlock ». Cette grande facilité d'adaptation aux ambiances musicales et sa grande complicité avec la guitare de Michael Karoli se vérifiera pleinement sur le double Tago Mago  sorti en 1971. L'album est partagé en deux blocs : une première partie de morceaux assez cadrés avec ce groove impérial et tribal de Jaki Liebezeit et la deuxième où l'improvisation et l'expérimentation sonore donnent lieu à des pièces qui vont jusqu'à 17 minutes.Tago Mago est reçu par des critiques dithyrambiques particulièrement en France  où Rock and Folk le qualifie « d'expérience musicale la plus impressionnante d'Europe » et en Angleterre où le Melody Maker parle de Can comme « le  meilleur groupe expérimental d'Europe Angleterre comprise ». Les concerts se succèdent en Europe, les salles sont combles.

C'est rempli de confiance et avec un matériel amélioré (de nouveaux micros à condensateur) que Can enregistre Ege Bamyasi dans le tout nouveau studio Weilerswist. Les membres y vivent les trois quarts de leur temps et continuent à travailler sur un simple magnétophone stéréo pour enregistrer leurs travaux. Malgré des tensions entre les musiciens, l'album respire une nouvelle maturité : les rythmes plus fluctuants lorgnent sur le funk et certains morceaux comme « Spoon » et « Vitamine C » sont très mélodiques. D'ailleurs « Spoon » sera un succès énorme puisqu'il franchira la barre des 300 000 ventes tandis que « Vitamine C » finira sur la B.O. de La mort des pigeons de Samuel Fuller. L'album, quant à lui, vendra 30 000 exemplaires ce qui est, pour l'époque et pour ce style, un chiffre très bon.

Ces succès inattendus  permettent au groupe de se payer un car pour ses tournées même si celles-ci connaissent une interruption d'un an à cause d'une longue maladie de Michael Karoli. Holger Czukay en profite pour partir visiter la Thaïlande tandis que Damo Suzuki retourne au Japon pour la première fois depuis six ans.

C'est après toutes ces pérégrinations que le groupe enregistre en août 1973  Future Days . L'atmosphère y est plus sereine, plus détendue et la musique se fait plus atmosphérique : des sons naturels se mêlent à des influences latines et presque funk (le sensuel « Moonshake »). Damo  Suzuki n'y  chante que par intermittence. Même si le disque est une réussite artistique et un succès critique, le chanteur, poussé par sa femme, cesse toute activité musicale et quitte le groupe en Septembre 1973 pour rejoindre les témoins de Jehovah, après un ultime concert à l'Empire Theatre d'Edimbourg le 25 août. Cette absence soudaine ne les empêche pas de rebondir : en janvier 1974 à Berlin, ils donnent le plus long concert de leur carrière commençant à  8 heures du soir pour se terminer vers 3 heures du matin. Désormais, les vocaux sont partagés entre Karoli et Schmidt.

En Août 1974, sort  Soon Over Babaluma  qui est considéré par les fans comme le dernier grand album du groupe. Le rendu atmosphérique  de  Future Days  est maintenu et les morceaux se teintent d'autres influences : reggae pour « Dizzy Dizzy » et tango sur l'intense « Come Sta La Luna ». Michael Karloli enrichit le propos en parsemant le disque de violon notamment sur le très flamenco « Splash ». L'album s'achève sur le vaporeux et évanescent « Quantum physics » morceau qui préfigure de 15 ans la techno ambiante de The Orb. Le disque est salué par la critique en ces termes : « Il ne copient en rien la musique anglaise ou américaine :ils produisent un son unique » déclare le Record Mirror.  

Le collectif se lézarde ou le déclin de Can

Même si les disques qui suivent  Landed  (1975) et Flow Motion  (1976) sont d'un bon niveau , il devient évident alors  que l'inspiration se tarit. Le nouveau matériel - une table de mixage 16 pistes - fait que les musiciens enregistrent séparément leurs parties alors que Can auparavant jusqu'à Soon over Babaluma enregistrait toujours en collectif. Landed offre des morceaux rock de bonne tenue mais assez conventionnelles pour Can : « Hunters and collectors » et « Full moon on the highway » sont de bons exemples. Les influences ethniques sont de nouveau  présentes sur le très arabisant « Red hot indians », le caribéen  « Cascade Waltz » (sur Landed) et le quasi-reggae « Laugh till you cry till you die » (sur Flow Motion). Can n'abandonne pas l'aspect expérimental de sa musique pour autant en livrant des pièces comme le bien nommé « Unfinished » à la fin de Landed, un jam rock ambiant à l'ancienne, ou « Smoke », un morceau tribal très marocain sur Flow Motion. Les fans déçus par cette évolution (le hit disco « I want more » les achève) se tournent plus volontiers vers leurs compilations d'inédits.

Unlimited Edition réunit des enregistrements inédits allant de 1969 à 1974 :c'est sur ce disque qu'on découvre l'autre grande idée de Can, les E.F.S. Les Ethnological Forgery Series sont une série de pastiches de musiques du monde dont tous les membres du groupe étaient des fans fervents. La musique vietnamienne celle de Bali ainsi que les musiques africaines arabes ont influencé Can pour créer une musique singulière et sans équivalent. Cette démarche à l'époque était très rare car le marché de la « sono mondiale » et plus tard de la World Music était inexistant.

Si les albums baissent en qualité, les prestations scéniques de Can sont toujours des évènements où l'improvisation et l'imprévu sont de mise. C'est à cette période que Can engage deux ex-musiciens de Traffic, le bassiste RosKo Gee ( Holger Czukay se chargera du travail sur les fréquences manipulant radios, transistors et téléphone!!) et le percussionniste Reebop. En février 1977, sort l'album  Saw Delight  : Czukay y est très peu présent et les deux nouveaux transfuges n'arrivent pas à s'intégrer à l'ensemble Can. Seul le morceau « Animal waves » au groove afro beat emporte pleinement l'adhésion. Sur scène, Holger Czukay paraît de plus en plus isolé et en vient même aux mains avec Reebop. En mai 1977, il quitte le groupe pour mener une brillante carrière solo couronné par Movies  en  1979. Le dernier concert de Can a lieu à la fin mai 1977 à Lisbonne devant 10 000 personnes. Deux disques très faibles Out of reach  (renié par le groupe) et  Can  suivront mais le cœur n'y est plus. Can se sépare définitivement en fin 1978.

L'influence de Can depuis trente ans

Force est de constater que depuis la fin du groupe, Can ne cesse d'être cité comme influence par de nombreux muciens venant d'horizons très divers. Cela a commencé avec le chanteur des Sex Pistols Johnny Rotten ( John Lyndon dans le civil) qui selon la rumeur aurait postulé comme chanteur. A la fin des sex Pistols, il crée le groupe Public Image Limited avec le bassiste Jah Wobble : leur musique mélange de rock, de dub et de musiques ethiques doit beaucoup à Can. Jah Wobble jouera trés frequemment avec des membres de Can que ce soient Holger Czukay ou Jaki Liebezeit. The Fall, groupe de Manchester mené par Mark.E.Smith, offre un rock destructuré dont les vocaux habités doivent beaucoup au chanteur Damo Suzuki. On peut citer aussi dans les groupes du rock alternatif anglais des années 90 Moonshake, Laika et Pram dont la musique inclassable entre dub, electro et rock se réclame de Can dans la précision des rythmes.

Aux États Unis, le producteur et bassiste  Bill Laswell (aux manettes sur le « Rock it » de Herbie Hancock) est un adepte fervent de Can puisque pour constituer son groupe Material, il fit passer une petite annonce demandant aux futurs musiciens un intérêt pour les groupes allemands. Par la suite, il collaborera très fréquemment avec le batteur Jaki Liebezeit (dont il dit admirer le jeu tribal )sur les projets de son label Axiom.

Sonic Youth, initiateur du mouvement grunge, dit s'être beaucoup nourri chez Can surtout pour la méthode de travail. Cela est particulièrement prégnant sur certains morceaux de Experimental jet trash and no stars et A thousand leaves où le batteur Steve Shelley  initie le rythme de départ où viendront se greffer les autres musiciens. Thurston Moore le guitariste déclarera de Can que c'est un des groupes qui l'a préparé à la musique du futur.

D'ailleurs la révolution électronique n'oubliera pas Can et cela est particulièrement évident à la sortie en 1998 de l'album de remix de Can Sacrilege sur le label mute. Des musiciens aussi divers que Brian Eno, Sonic Youth, ou des plus jeunes Westbam, The Orb et A Guy Called Gerald (qui officient dans les circuits house, ambient  et drum'n'bass) acceptent de remixer les morceaux phares du catalogue «Can». Cette influence sur les musiques programmées s'explique par la précision des rythmes de Can (notamment à travers le jeu métronomique de Jaki Liebezeit) et son immense travail sur les textures sonores, travail qui s'apparente aux constantes manipulations que pratique la jeune génération électronique dans ses morceaux.

Que ce soient les musiques post punk ou les musiques extrêmement rythmiques que sont la techno et la jungle, le spectre de Can couvre toutes les tendances des musiques modernes. Ce groupe  a su par son approche mélanger groove et expérimentation et ainsi précéder tous les mouvements musicaux adeptes de rupture et d'éclectisme. Tout comme le Velvet Underground, Can a créé de nombreuses vocations et l'écoute de ses disques reste un plaisir inépuisable tant ses idées en matière de son et ses atmosphères constamment en mouvement restent d'une pertinence rare encore trente ans après sa disparition.

Copyright 2014 Music Story François Bellion

Tout commence en juin 1968 à Cologne où a lieu dans l'appartement d'Irmin Schmidt la rencontre de cinq musiciens. Trois d'entre eux ont fait des études classiques de musique : Irmin Schmidt (claviers) Holger Czukay (basse) et David Johnston (flûte). Jaki Liebezeit, le batteur ne goûte plus l'évolution du free jazz qui mène selon lui à une impasse musicale et veut rejouer des rythmes « primitifs « tandis que Michael Karoli - par ailleurs ex-élève de Czukay - est un jeune guitariste nourri de rock mais dont le spectre musical s'étend aussi aux musiques tziganes et au jazz. L'intention de Irmin Schmidt est de fonder un groupe dont les membres viendraient de la musique classique, du jazz et du rock et qui produirait une musique privilégiant la spontanéité et le travail en collectif. Leur premier concert est un happening improvisé au château de Nörvenich où l'on entend des séquences très bruitistes, de la musique rock et des bandes magnétiques des émeutes de Mai 1968 à Paris. C'est dans ce château qu'ils créeront leur propre studio Inner Space : la grande aventure de Can peut enfin commencer.

L'ascension de CAN

En août 1968 à Paris, Hildegard Schmidt, la femme du pianiste, fait la rencontre d'un sculpteur noir américain Malcom Mooney. Celui-ci n'a aucune expérience vocale mais elle l'invite à Cologne pour qu'il rencontre Can dans leur studio. Il se met au chant et en quelques instants, la musique prend une coloration très rock, très urbaine : le premier morceau enregistré sera « Father cannot yell » dont Czukay dit « Nous l'avons répété quatre fois et j'étais fier d'avoir joué de la basse pendant les sept minutes du morceau. Nous n'avions pas de table de mixage, juste un magnétophone 2 pistes et cinq micros ». C'est avec ce matériel rudimentaire que sera enregistré le premier album  Monster Movie .  

A l'écoute, on y sent une spontanéité et une urgence peu commune dont le seul cousin lointain serait le Velvet Underground période White light - white heat où les groupes garage américains. Néanmoins c'est le long morceau de 20 minutes « You doo right » qui résume la tonalité du disque : le martèlement tribal du batteur, la basse hypnotique de Czukay, la guitare stridente de Karoli et le chant (lecture d'une lettre de son amie) animal de Mooney font de ce morceau un monument de transe. Le comportement de plus en plus erratique de Mooney sur scène (fréquemment en retard ou quittant le concert en plein milieu) affectera petit à petit le groupe. De plus, il traverse une sévère dépression avec des envies de suicide  : le groupe veille sur lui afin qu'il ne commette pas l'irréparable. Sur les conseils d'un psychiatre, Mooney quitte l'Allemagne pour revenir aux États- Unis. Un autre album  Delay 1968  - sorti plus tard en 1981 - compile les autres travaux de Can avec ce chanteur : un disque aussi indispensable que  Monster Movie .

Sur un album de musiques de films  Soundtracks  figurent ses deux derniers morceaux avec le groupe : le dérangeant « Soul desert » où sa voix se glisse dans les aigus et « She brings the rain », unique ballade jazz du groupe où il dévoile des talents de crooner. En Mai 1970, un jeune beatnick japonais Damo Suzuki devient le nouveau chanteur de Can. Jaki Liebezeit et Holger Czukay l'ont rencontré par hasard dans les rues de Munich où il chantait des odes étranges au Soleil. Ils lui proposent de monter sur la scène du Blow up, la discothèque où ils jouent depuis quelques jours. Le concert fut une expérience éprouvante car la faculté de Damo de passer d'une voix douce à des cris insoutenables désarçonna le public : il y eut quelques bagarres, la salle se vida rapidement pour laisser place  à une soixantaine d'auditeurs motivés.  Sur les autres morceaux de  Soundtracks  on peut entendre ses premières interventions : Damo s'y révèle un inventeur de mélodies passant du murmure sur « Tango whiskeyman » au chant lyrique et furieux de « Deadlock ». Cette grande facilité d'adaptation aux ambiances musicales et sa grande complicité avec la guitare de Michael Karoli se vérifiera pleinement sur le double Tago Mago  sorti en 1971. L'album est partagé en deux blocs : une première partie de morceaux assez cadrés avec ce groove impérial et tribal de Jaki Liebezeit et la deuxième où l'improvisation et l'expérimentation sonore donnent lieu à des pièces qui vont jusqu'à 17 minutes.Tago Mago est reçu par des critiques dithyrambiques particulièrement en France  où Rock and Folk le qualifie « d'expérience musicale la plus impressionnante d'Europe » et en Angleterre où le Melody Maker parle de Can comme « le  meilleur groupe expérimental d'Europe Angleterre comprise ». Les concerts se succèdent en Europe, les salles sont combles.

C'est rempli de confiance et avec un matériel amélioré (de nouveaux micros à condensateur) que Can enregistre Ege Bamyasi dans le tout nouveau studio Weilerswist. Les membres y vivent les trois quarts de leur temps et continuent à travailler sur un simple magnétophone stéréo pour enregistrer leurs travaux. Malgré des tensions entre les musiciens, l'album respire une nouvelle maturité : les rythmes plus fluctuants lorgnent sur le funk et certains morceaux comme « Spoon » et « Vitamine C » sont très mélodiques. D'ailleurs « Spoon » sera un succès énorme puisqu'il franchira la barre des 300 000 ventes tandis que « Vitamine C » finira sur la B.O. de La mort des pigeons de Samuel Fuller. L'album, quant à lui, vendra 30 000 exemplaires ce qui est, pour l'époque et pour ce style, un chiffre très bon.

Ces succès inattendus  permettent au groupe de se payer un car pour ses tournées même si celles-ci connaissent une interruption d'un an à cause d'une longue maladie de Michael Karoli. Holger Czukay en profite pour partir visiter la Thaïlande tandis que Damo Suzuki retourne au Japon pour la première fois depuis six ans.

C'est après toutes ces pérégrinations que le groupe enregistre en août 1973  Future Days . L'atmosphère y est plus sereine, plus détendue et la musique se fait plus atmosphérique : des sons naturels se mêlent à des influences latines et presque funk (le sensuel « Moonshake »). Damo  Suzuki n'y  chante que par intermittence. Même si le disque est une réussite artistique et un succès critique, le chanteur, poussé par sa femme, cesse toute activité musicale et quitte le groupe en Septembre 1973 pour rejoindre les témoins de Jehovah, après un ultime concert à l'Empire Theatre d'Edimbourg le 25 août. Cette absence soudaine ne les empêche pas de rebondir : en janvier 1974 à Berlin, ils donnent le plus long concert de leur carrière commençant à  8 heures du soir pour se terminer vers 3 heures du matin. Désormais, les vocaux sont partagés entre Karoli et Schmidt.

En Août 1974, sort  Soon Over Babaluma  qui est considéré par les fans comme le dernier grand album du groupe. Le rendu atmosphérique  de  Future Days  est maintenu et les morceaux se teintent d'autres influences : reggae pour « Dizzy Dizzy » et tango sur l'intense « Come Sta La Luna ». Michael Karloli enrichit le propos en parsemant le disque de violon notamment sur le très flamenco « Splash ». L'album s'achève sur le vaporeux et évanescent « Quantum physics » morceau qui préfigure de 15 ans la techno ambiante de The Orb. Le disque est salué par la critique en ces termes : « Il ne copient en rien la musique anglaise ou américaine :ils produisent un son unique » déclare le Record Mirror.  

Le collectif se lézarde ou le déclin de Can

Même si les disques qui suivent  Landed  (1975) et Flow Motion  (1976) sont d'un bon niveau , il devient évident alors  que l'inspiration se tarit. Le nouveau matériel - une table de mixage 16 pistes - fait que les musiciens enregistrent séparément leurs parties alors que Can auparavant jusqu'à Soon over Babaluma enregistrait toujours en collectif. Landed offre des morceaux rock de bonne tenue mais assez conventionnelles pour Can : « Hunters and collectors » et « Full moon on the highway » sont de bons exemples. Les influences ethniques sont de nouveau  présentes sur le très arabisant « Red hot indians », le caribéen  « Cascade Waltz » (sur Landed) et le quasi-reggae « Laugh till you cry till you die » (sur Flow Motion). Can n'abandonne pas l'aspect expérimental de sa musique pour autant en livrant des pièces comme le bien nommé « Unfinished » à la fin de Landed, un jam rock ambiant à l'ancienne, ou « Smoke », un morceau tribal très marocain sur Flow Motion. Les fans déçus par cette évolution (le hit disco « I want more » les achève) se tournent plus volontiers vers leurs compilations d'inédits.

Unlimited Edition réunit des enregistrements inédits allant de 1969 à 1974 :c'est sur ce disque qu'on découvre l'autre grande idée de Can, les E.F.S. Les Ethnological Forgery Series sont une série de pastiches de musiques du monde dont tous les membres du groupe étaient des fans fervents. La musique vietnamienne celle de Bali ainsi que les musiques africaines arabes ont influencé Can pour créer une musique singulière et sans équivalent. Cette démarche à l'époque était très rare car le marché de la « sono mondiale » et plus tard de la World Music était inexistant.

Si les albums baissent en qualité, les prestations scéniques de Can sont toujours des évènements où l'improvisation et l'imprévu sont de mise. C'est à cette période que Can engage deux ex-musiciens de Traffic, le bassiste RosKo Gee ( Holger Czukay se chargera du travail sur les fréquences manipulant radios, transistors et téléphone!!) et le percussionniste Reebop. En février 1977, sort l'album  Saw Delight  : Czukay y est très peu présent et les deux nouveaux transfuges n'arrivent pas à s'intégrer à l'ensemble Can. Seul le morceau « Animal waves » au groove afro beat emporte pleinement l'adhésion. Sur scène, Holger Czukay paraît de plus en plus isolé et en vient même aux mains avec Reebop. En mai 1977, il quitte le groupe pour mener une brillante carrière solo couronné par Movies  en  1979. Le dernier concert de Can a lieu à la fin mai 1977 à Lisbonne devant 10 000 personnes. Deux disques très faibles Out of reach  (renié par le groupe) et  Can  suivront mais le cœur n'y est plus. Can se sépare définitivement en fin 1978.

L'influence de Can depuis trente ans

Force est de constater que depuis la fin du groupe, Can ne cesse d'être cité comme influence par de nombreux muciens venant d'horizons très divers. Cela a commencé avec le chanteur des Sex Pistols Johnny Rotten ( John Lyndon dans le civil) qui selon la rumeur aurait postulé comme chanteur. A la fin des sex Pistols, il crée le groupe Public Image Limited avec le bassiste Jah Wobble : leur musique mélange de rock, de dub et de musiques ethiques doit beaucoup à Can. Jah Wobble jouera trés frequemment avec des membres de Can que ce soient Holger Czukay ou Jaki Liebezeit. The Fall, groupe de Manchester mené par Mark.E.Smith, offre un rock destructuré dont les vocaux habités doivent beaucoup au chanteur Damo Suzuki. On peut citer aussi dans les groupes du rock alternatif anglais des années 90 Moonshake, Laika et Pram dont la musique inclassable entre dub, electro et rock se réclame de Can dans la précision des rythmes.

Aux États Unis, le producteur et bassiste  Bill Laswell (aux manettes sur le « Rock it » de Herbie Hancock) est un adepte fervent de Can puisque pour constituer son groupe Material, il fit passer une petite annonce demandant aux futurs musiciens un intérêt pour les groupes allemands. Par la suite, il collaborera très fréquemment avec le batteur Jaki Liebezeit (dont il dit admirer le jeu tribal )sur les projets de son label Axiom.

Sonic Youth, initiateur du mouvement grunge, dit s'être beaucoup nourri chez Can surtout pour la méthode de travail. Cela est particulièrement prégnant sur certains morceaux de Experimental jet trash and no stars et A thousand leaves où le batteur Steve Shelley  initie le rythme de départ où viendront se greffer les autres musiciens. Thurston Moore le guitariste déclarera de Can que c'est un des groupes qui l'a préparé à la musique du futur.

D'ailleurs la révolution électronique n'oubliera pas Can et cela est particulièrement évident à la sortie en 1998 de l'album de remix de Can Sacrilege sur le label mute. Des musiciens aussi divers que Brian Eno, Sonic Youth, ou des plus jeunes Westbam, The Orb et A Guy Called Gerald (qui officient dans les circuits house, ambient  et drum'n'bass) acceptent de remixer les morceaux phares du catalogue «Can». Cette influence sur les musiques programmées s'explique par la précision des rythmes de Can (notamment à travers le jeu métronomique de Jaki Liebezeit) et son immense travail sur les textures sonores, travail qui s'apparente aux constantes manipulations que pratique la jeune génération électronique dans ses morceaux.

Que ce soient les musiques post punk ou les musiques extrêmement rythmiques que sont la techno et la jungle, le spectre de Can couvre toutes les tendances des musiques modernes. Ce groupe  a su par son approche mélanger groove et expérimentation et ainsi précéder tous les mouvements musicaux adeptes de rupture et d'éclectisme. Tout comme le Velvet Underground, Can a créé de nombreuses vocations et l'écoute de ses disques reste un plaisir inépuisable tant ses idées en matière de son et ses atmosphères constamment en mouvement restent d'une pertinence rare encore trente ans après sa disparition.

Copyright 2014 Music Story François Bellion


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