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Canada - prix Fémina étranger 2013 Broché – 22 août 2013


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Extrait

D'abord, je vais raconter le hold-up que nos parents ont commis. Ensuite les meurtres, qui se sont produits plus tard. C'est le hold-up qui compte le plus, parce qu'il a eu pour effet d'infléchir le cours de nos vies à ma soeur et à moi. Rien ne serait tout à fait compréhensible si je ne le racontais pas d'abord.
Nos parents étaient les dernières personnes qu'on aurait imaginées dévaliser une banque. Ce n'étaient pas des gens bizarres, des criminels repérables au premier coup d'oeil. Personne n'aurait cru qu'ils allaient finir comme ils ont fini. C'étaient des gens ordinaires, même si, bien sûr, cette idée est devenue caduque dès l'instant où ils ont bel et bien dévalisé une banque.

Mon père, Bev Parsons, était un gars de la campagne, né dans le comté de Marengo, Alabama, en 1923 ; il avait quitté l'école en 1939, brûlant d'entrer dans l'armée de l'air, ce corps qui est devenu l'Air Force. Il a intégré Demopolis, fait ses classes à Randolph, près de San Antonio, et il voulait à tout prix être pilote de chasse mais, n'en ayant pas les capacités, il a appris à piloter un bombardier. Il pilotait les B-25, les Mitchell poids léger, qui ont servi aux Philippines, puis à Osaka, où ils faisaient pleuvoir la destruction sur terre - frappant l'ennemi comme l'innocent. C'était un grand gaillard sympathique, souriant, bel homme, de plus d'un mètre quatre-vingts (il tenait tout juste dans l'habitacle du bombardier), avec un visage large et carré tourné vers autrui, des pommettes saillantes, une bouche sensuelle et de longs cils de fille, superbes. Il avait des dents d'une blancheur éclatante et des cheveux noirs coupés court dont il était très fier, comme il était fier de son prénom, Bev. Capitaine Bev Parsons. Il n'a jamais voulu reconnaître que Beverly était un prénom féminin pour la plupart des gens. C'était d'origine anglo-saxonne, disait-il. «Très courant en Angleterre, il y a des hommes qui s'appellent Vivian, Gwen et Shirley, là-bas. Et on ne les confond pas avec des femmes pour autant.» C'était un causeur impénitent, l'esprit ouvert pour un sudiste, des manières affables et obligeantes qui auraient dû le mener très loin au sein de l'Air Force, mais qui ne l'ont mené nulle part. Ses yeux vifs, noisette, parcouraient la pièce où il se trouvait pour y découvrir un auditoire - ma soeur et moi en général. Il racontait des blagues ringardes avec un cabotinage typiquement sudiste, il connaissait des tours de cartes et des tours de magie, il arrivait à détacher la première phalange de son pouce et à la remettre en place, il savait faire disparaître et revenir un mouchoir. Il jouait du boogie-woogie au piano et parfois il nous parlait «dixie», ou bien comme dans Amos 'n' Andy. Il avait perdu un peu d'audition en pilotant les Mitchell et il était susceptible sur ce chapitre. Mais il était rudement chic avec sa coupe d'«honnête» GI et sa tunique bleue de capitaine ; en somme, il dégageait une chaleur sincère qui faisait que ma soeur jumelle et moi, on l'adorait. C'est d'ailleurs sans doute ce qui avait attiré ma mère (même s'ils étaient aussi différents, aussi désassortis que possible, tous les deux) qui était par malchance tombée enceinte dès leur première rencontre, expéditive, après une soirée en l'honneur des aviateurs rentrés du front, non loin de l'endroit où il se recyclait en directeur de l'approvisionnement, à Fort Lewis, en mars 1945, ses services de largueur de bombes n'étant plus requis. Ils s'étaient mariés dès qu'ils s'en étaient aperçus. Ses parents à elle, des juifs polonais émigrés qui habitaient Tacoma, n'étaient pas ravis. Gens instruits, professeurs de mathématiques, musiciens semi-professionnels - ils donnaient des petits concerts très courus à Potsdam, qu'ils avaient quitté en 1918 pour s'installer dans l'État de Washington via le Canada -, ils étaient devenus, hasards de la vie, concierges d'école. Être juifs ne voulait plus dire grand-chose pour eux à l'époque, ni pour notre mère, et renvoyait surtout à un mode de vie étriqué, vieillot et contraignant qu'ils n'étaient pas fâchés d'avoir laissé derrière eux en émigrant dans un pays apparemment exempt de juifs.

Revue de presse

Roman-monde, «Canada» est un chant puissant, funèbre et magnifique, un magistral requiem à la jeunesse perdue qui confirme la place essentielle qu'occupe Richard Ford dans le roman américain contemporain. (Didier Jacob - Le Nouvel Observateur du 22 août 2013)

Le récit du geste insensé des époux Parsons, de l'effarante sortie de route de ce couple que rien ne prédisposait au crime, a beau occuper les deux cents premières pages de Canada, ce n'est clairement pas dans une narration à suspense, une aventure épique que l'on s'avance, entreprenant la lecture de ce septième, et somptueux, roman de Richard Ford (1). Il y a certes l'enchaînement des faits, que déroule minutieusement Dell Parsons, un demi-siècle plus tard, alors qu'il a 63 ans - ajoutant bientôt, à la chronique de sa prime enfance et à celle du hold-up parental, celle de sa survie postérieure, la disparition volontaire de sa jumelle Berner, son propre exil au Canada, et, là, sa rencontre décisive avec le mys­térieux, charmeur et manipulateur ­Arthur Remlinger, etc. Mais, de fait, nourri par les souvenirs que Dell repêche un à un dans sa mémoire et articule entre eux, ce déploiement romanesque si plein de détails concrets et d'admirables seconds rôles, si maîtrisé et savoureusement précis, s'impose comme le support d'une méditation - conduite par Richard Ford de façon tout à la fois savante et sensible, à travers la voix et les réflexions de son narrateur. (Nathalie Crom - Télérama du 21 août 2013)

Canada est l'aventure d'un adolescent de 16 ans, Dell, dont les parents font un hold-up foireux pour rembourser des dettes. Le père travaille dans l'Air Force, comme naguère le père de la femme de Ford. La comparaison s'arrête là...
La banque attaquée est dans un trou du Nord Dakota. Les parents sont arrêtés sous le nez de leurs enfants : longue et formidable scène, du point de vue de Dell. Ils meurent en prison, vite. Pour échapper à l'orphelinat, la soeur de Dell fugue et lui, file au Canada. Le voilà chez un propriétaire d'hôtel de passe, pour qui il travaille. Ce propriétaire pourrait devenir une sorte de nouveau père : c'est un type plein de mystère. Mais c'est aussi un monstre. Canada est un roman d'apprentissage rétrospectif. Il flotte aux confins indéterminés d'un deuil impossible et d'un avenir possible...
Enfant, il aimait beaucoup son père. Quand celui-ci est mort, il n'a pas pleuré : «J'ai pensé "tu es très triste, pourquoi tu ne pleures pas ?" Puis je me suis demandé "c'est quoi, pour toi, la nature du chagrin ? As-tu une réponse ? Non." Finalement, cette mort, c'était ma liberté.» (Philippe Lançon - Libération du 19 août 2013)

La lecture de Canada, de Richard Ford, est d'une évidence troublante. Troublante à ce point qu'un (court) temps on s'en défierait presque, comme si la fluidité sans écueil des quelque 500 pages du roman risquait de signaler une densité manquante - manque qui serait alors facilité, celle d'une langue trop peu inquiète d'elle-même pour que quelque chose de saillant y advienne. Mais il y a une autre forme d'évidence, une autre forme de fluidité qui se trouve être l'horizon et la fierté d'un romancier : celle par laquelle il est parvenu, au prix d'un travail qu'il a l'élégance d'avoir enfoui, à donner cet heureux sentiment que les phrases, puis les paragraphes, puis les chapitres, glissent infiniment les uns sur les autres, en cette forme ici rhapsodique par laquelle le narrateur, Dell Parsons, professeur désormais à la veille de la retraite, déroule en soixante-neuf séquences le long ruban d'une période décisive, violente et insensée de sa jeunesse...
C'est cela, l'évidence troublante de ce livre, celle par laquelle l'écriture, puissance picturale et musicale, en faisant magiquement circuler le langage dans la matière des choses, les renoue enfin entre elles et les réconcilie avec celui qui les pense - et aussi, bien sûr, avec celui qui les lit. (Tanguy Viel - Le Monde du 12 septembre 2013)

C'est à une surprenante traversée que nous convie l'Américain Richard Ford avec ce septième roman, dont la simplicité révèle bien des richesses. Sans effets ni fracas, Canada ouvre une brèche vers l'inextricable enchaînement des destinées, fraie un passage dans lequel le lecteur s'engouffre dès les premières phrases, promesses d'aventures qui exhalent le danger et la mort...
Éloge tout à la fois du mouvement et de la permanence, récit faussement amoral - les déviants sont châtiés, tout au mieux exilés - sans être jamais moralisateur, sombre sans être cynique, Canada est un roman en marche, qui se compose à mesure des questionnements de Dell. Richard Ford y abandonne la vérité aux plus timorés, pour offrir aux esprits curieux la saveur âpre et mystérieuse de la vie. Car «ce qu'on fait, ce qu'on n'a pas fait, ce qu'on a rêvé de faire, un beau jour tout se rejoint.» (Fabienne Lemahieu - La Croix du 18 septembre 2013)

Tout est là ! Richard Ford traque les moments de bascule. Plus que les défaites d'une vie, ce qui l'intéresse, ce sont les instants qui mènent à la sortie de route. Comment dérapons-nous ? Le destin ? Le fruit des rencontres ?...
Sommes-nous les témoins ou les complices ? La frontière entre ces deux états est aussi peu claire que celle qui sépare les Etats-Unis du Canada : invisible, artificielle, symbolique. Dell perd sa soeur jumelle, Berner, qui a préféré s'enfuir vers la Californie, et se retrouve au Canada, ce faux jumeau de l'Amérique. Richard Ford, lui, frappe un grand coup. Et signe un livre qui n'en finira pas de résonner dans l'âme du lecteur. (François Busnel - L'Express, septembre 2013)

Dans « Canada », Richard Ford suit le destin de deux adolescents qui vont payer cher les erreurs de leurs parents...
Ford joue de toutes les noirceurs. Comme si le fond n'était jamais atteint. Il nous entraîne dans une réflexion sur l'idée du basculement et de la maîtrise du destin. « On aurait tort de passer à la trappe des événements, même néfastes, car ils sont la seule voie qui nous mène au présent. » Le présent n'est pas le seul sujet de Ford. L'avenir l'est aussi. Mais de qui dépend-il  ? De soi  ? Des autres  ? Du hasard  ? De quoi méditer une fois refermé l'immense roman de Ford. (Valérie Trierweiler - Paris-Match, novembre 2013)


Détails sur le produit

  • Broché: 478 pages
  • Editeur : Olivier édition de l' (22 août 2013)
  • Collection : OLIV. LIT.ET
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2823600116
  • ISBN-13: 978-2823600117
  • Dimensions du produit: 22 x 14,6 x 3,6 cm
  • Moyenne des commentaires client : 3.2 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (55 commentaires client)
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13 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile  Par Jean Pierre P TOP 500 COMMENTATEURS le 18 septembre 2013
Format: Broché Achat vérifié
Ce Canada s'inscrit dans une thématique chère à Richard Ford, au moins pour la première partie du roman.
Dell, adolescent indécis, dont les parents vont commettre un minable hold-up, se retrouve seul et abandonné, contraint de fuir vers le Canada. Cette expérience de la désillusion, de l'amertume, de la déception, on la retrouve chez au moins deux autres personnages de Ford : Larry, le jeune protagoniste de « Jealous » ( dont le titre en français est: La frontière, première nouvelle d' Une situation difficile) qui, accompagné de sa tante quitte son père pour retrouver sa mère à l'occasion de Thanksgiving et dont le voyage en train aura des allures de rite d'initiation au malheur, et, bien sûr, Joe d' Une saison ardente (dont le père absent est également un repris de justice), qui va assister impuissant au naufrage du couple de ses parents.
Dans ces deux romans (voir mes commentaires), l'auteur nous abandonne avec ses personnages dans ce sentiment de déchirement.
Cette fois, Dell va traverser la frontière, qui n'est pas seulement celle du Canada, mais aussi celle du cheminement vers l'âge adulte. Ce thème de la frontière, de l'ailleurs, qui vous change pour le meilleur et le pire, c'est aussi une constante dans l'oeuvre de Ford qui avoue volontiers qu'il a toujours un frisson inquiet lors du franchissement d'une de ces limites qui lui paraissent porteuses d'une tragédie potentielle.
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51 internautes sur 61 ont trouvé ce commentaire utile  Par Arribat TOP 500 COMMENTATEURSVOIX VINE le 28 août 2013
Format: Broché
A lire le quatrième de page ou la présentation éditeur on a l’impression que les rédacteurs (les pro)n’ont pas lu le livre. Les hommes rencontrés par le narrateur dans cette cavale au Canada ne sont pas particulièrement brutaux, la nature sauvage se limite à quelques dépotoirs de campagne. Dell ne choisit rien et se laisse porter par les évènements. Quant à la puissance et la beauté exceptionnelles on ne les retrouve ni dans les paysages ni dans le style peu flamboyant de l'auteur. Enfin, affirmer que c’est là un chef-d’œuvre qui capture…blablabla… est typiquement une phrase passepartout livrée avec son emballage cadeau. Pour autant l’écrivain est de taille, un imaginaire puissant qui fouille le moindre détail jusqu'à nous faire perdre patience. Lui aussi pratique la prophétie apocalyptique. La moitié du Canada va s’enfoncer dans la mer. J'exagère le sarcasme bien sûr, car au bout du compte notre drame se transforme en draminette, un petit meurtre entre voisins, rien de bien méchant. Mais pour en arriver là il aura fallu se taper ces grandes et mornes plaines du Saskatchewan repaire de bleds pourris où se minéralise une population de petzouilles qui ne sont même pas tous d’origine anglo-saxonne. C’est dire ! Il aura encore fallu se coltiner des personnages indéfinis dont le sort semble décidé un peu au hasard pour enfin parvenir au chapitre final et la rencontre en phase terminale des rescapés de cette famille décomposée. C’est là que l’on ne regrette pas d’avoir persisté et qu’enfin l’auteur parvient à rendre ses personnages attachants et émouvants.Lire la suite ›
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9 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile  Par sofiluna le 4 janvier 2014
Format: Broché
J'ai acheté ce livre car j'avais vu beaucoup de bonnes critiques ... (cela m'apprendra !)

Le roman est divisé en trois parties, la première raconte comment les parents du héros, deux loosers, finissent par faire un hold-up, cette partie occupe presque la moitié du bouquin, et c'est long, très long. La deuxième partie raconte le passage au Canada, il y a un peu plus de suspens, avec des personnages surprenants. Et la dernière partie, très courte, où le héros retrouve sa saeur mourante, est la seule qui vaille la peine, et qui mérite notre persistance à continuer ce livre.
Plus globalement, le récit est très déshumanisé, on a l'impression que le narrateur observe et analyse de loin, sans jamais s'investir émotionnellement, par exemple quand ses parents sont arrêtés : « Vous vous dites peut-être que voir ses parents menottés, traités de braqueurs de banque et conduits en prison tandis qu'on est abandonné à soi-même, il y a de quoi perdre la tête. Qu'on va traverser toutes les pièces de la maison en courant comme un fou, en se lamentant, en s'abandonnant au désespoir puisque rien ne rentrera plus jamais dans l'ordre. Et pour certains, ça se peut. Mais on ne sait pas à l'avance comment on réagira dans une situation pareille. Je vous garantis que presque rien de tout ça ne s'est passé, ce qui n'empêche pas que la vie ait changé à jamais. »
Tout le livre est pareil, et c'est sans doute cela qui m'a gênée, et empêche de s'attacher aux personnages. Sans compter la tristesse qui se dégage tout au long du bouquin, à éviter le jour où vous avez un petit moral.
Au final, je ne regrette pas de l'avoir lu, mais je ne le conseillerais pas.
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