Extrait
Extrait de l'introduction de Patrick Ben Soussan :
Les sciences humaines, économiques et sociales sont une invention terminologique du XIXe siècle. Les découpages disciplinaires que nous connaissons encore - histoire, linguistique, sociologie, ethnologie, anthropologie, économie et psychologie, philosophie (même si cette dernière dispose d'une place à part), etc. - datent de cette époque. Auparavant, il était plutôt question de «sciences morales». Ce qualificatif («morales») s'assurait du caractère distinct de l'esprit humain par rapport à l'ordre de la nature : il disait avec insistance la dignité supérieure de l'homme. Mais il s'accordait fort mal au terme «sciences», le fardant de subjectivité, d'idéologie, obscurcissant son objet et convoquant incessamment quelque savante herméneutique pour l'édifier.
Sans être un exégète de l'épistémologie, posons que toute science s'édifie sur le paradigme de l'approche objective et objectivante de la connaissance, paradigme historiquement daté - depuis la Renaissance - et culturellement codifié - dans nos sociétés occidentales. Le mot «science» a ainsi été peu à peu accolé à bien des disciplines et dès qu'une étude a de la rigueur et du sérieux, qu'elle mène une investigation de fond, elle est aussitôt qualifiée de scientifique. Les «Sciences humaines» n'y échappent pas, qui se sont construites sur un tel projet et dont l'objet d'études n'est rien de moins que l'Homme.
Michel Foucault, dans Les mots et les choses, rappelle bien que l'«homme», comme objet d'un savoir, est une préoccupation très récente, et Claude Lévi-Strauss, dans son Anthropologie structurale, nous invite à ne pas oublier qu'il n'y a pas «l'homme» mais des hommes, et qu'il n'existe nulle variance universelle qui désignerait cet objet et le savoir qui est censé le circonscrire : saura-t-on jamais ce qu'est l'homme ?
Les Sciences de l'Homme se suffiraient-elles dès lors à elles-mêmes ? Certes non, en ce qu'elles ne se fondent que sur un savoir fragmentaire et n'établissent qu'une représentation du réel asservie à l'univers technocratique, politique et économique, qui correspond au temps et au lieu de leur développement. Elles ne s'emparent vraiment de leur sujet, l'Homme, qu'à croiser leurs approches, mettre en lien leurs disciplines respectives, les contraindre au dialogue et à l'enrichissement mutuel.
Présentation de l'éditeur
Cet ouvrage présente une réflexion actualisée sur des recherches en sciences humaines et sociales dans le champ du cancer. Il se veut un premier témoignage de la fertilité de ce domaine nouvellement investi par les chercheurs, dans la pluridisciplinarité de leurs approches, ici l'anthropologie, la psychologie de la santé et la psychanalyse.