Il doit sembler loin à Jérôme Cotta, le temps où néophyte de la Canebière, le chanteur marseillais s’essayait, sans grande reconnaissance, à rendre quelques hommages appuyés aux incunables de la chanson francophone, de Léo Ferré à Jacques Brel. La torpeur caribéenne, une collaboration avec les prestigieux The Marathonians, ainsi que des rencontres avec quelques idoles, telles Toots Hibbert ou Edwin Starr, et un tube aussi inattendu que rafraîchissant (« Everything »-2006), finissent d’achever la mue : Jerho se positionne alors commodément, sous le soleil exactement.
Son troisième album constitue en ce sens une suite tout aussi ensoleillée à son effort précédent : quelques instruments, pour la plupart acoustiques, et parfois exotiques, comme le cavaquinho, instrument portugais à quatre cordes, la lap steel guitar, et une profusion de percussions de poche, suffisent à instaurer tout du long des onze refrains une atmosphère épicurienne et sensuelle. On pense immanquablement au Brésil de Gilberto Gil, ou aux mentos et autres calypsos de l’immense Harry Belafonte, même si le chant doux et charmeur exclut ici toute dimension dramatique.
Parfois, un reggae épicurien s’impose : « Why Me », jusque dans ses chœurs en réminiscence ondoyante, compte la plaisante saga d’un amant peu enthousiaste. « Along The River » convoque une saudade qui nous est désormais familière grâce à Cesaria Evora. On frôle le cha-cha-cha coquin dans « Guantanamo Song », et la chanson d’ouverture (« Tonight Tonight ») résume parfaitement l’ensemble du programme : quelques arpèges de guitare, un chant qui se pose comme un baiser, un déhanchement irrépressible illuminé par des violons de soie, et la vision instantanée de ces pays où la misère est moins cruelle au soleil.
Ne croyons pas les météorologues, qui assènent que le printemps est là. Avec Jehro et sa Cantina Paradise, l’été a pris quelques mois d’avance, les filles sont toutes belles et court vêtues, et les ennuis oubliés. Sortons les hamacs.
Christian Larrède - Copyright 2013 Music Story